Origine et histoire de la Mairerie
La Mairerie de Bordeaux, ou hostau de la Majoria, trouve ses origines au XIIIe siècle, époque où Bordeaux, sous domination anglaise, prospérait grâce au commerce du vin. Ce bâtiment, probablement construit pour abriter le maire et sa famille, symbolisait le pouvoir municipal naissant. Bien que la première mention écrite date du XVe siècle, son existence est liée à des familles bourgeoises influentes comme les Colon ou les Calhau, qui occupaient la fonction de maire. À l’origine modeste, l’édifice était doté d’une tour carrée, symbole de prestige plutôt que de défense, et situé près de la Grosse Cloche, dans un quartier marchand dynamique.
Au début du XVIIe siècle, sous l’impulsion du marquis Henri Desprez de Mompezat, élu maire en 1618, la Mairerie subit d’importantes transformations pour s’adapter aux standards de confort de l’époque. Les travaux, menés entre 1618 et 1619, ajoutent un nouveau corps de logis avec une galerie à arcades inspirée de l’architecture antique, marquée par des pilastres aux ordres dorique, ionique et corinthien superposés. Ce remaniement reflète l’influence de la Renaissance italienne, tout en conservant des éléments médiévaux comme la tour en pierre.
La décadence de l’autonomie municipale au XVIIe siècle marque un tournant pour la Mairerie. En 1620, le roi Louis XIII supprime temporairement la fonction de maire, laissant le bâtiment sans affectation claire. Loué à des particuliers puis cédé à des institutions comme la Cour des Aides, il est finalement vendu en 1662 aux Jésuites, qui y construisent une église. Seuls subsistent alors la galerie, la tour et une partie des bâtiments du XVIIe siècle, aujourd’hui intégrés au presbytère de l’église Saint-Paul-Saint-François-Xavier.
Les vestiges de la Mairerie, partiellement inscrits aux Monuments historiques depuis 1993, comprennent la galerie à arcades, les façades du presbytère et une tourelle d’angle. Ces éléments, restaurés en 1967, illustrent la transition entre l’architecture médiévale et classique. Bien que le site ne soit plus accessible au public, il reste un témoignage rare de l’histoire politique et architecturale de Bordeaux, lié à des figures comme Michel de Montaigne, qui y aurait séjourné entre 1581 et 1585.
La Mairerie incarne aussi les tensions entre pouvoir local et royal. Au XVe siècle, la fonction de maire, d’abord réservée à la bourgeoisie bordelaise, passe sous contrôle royal avec la nomination de lieutenants du roi. Ce changement reflète la centralisation progressive du pouvoir en France, tandis que l’édifice, autrefois symbole d’autonomie communale, devient un enjeu politique avant de perdre sa vocation initiale.
Aujourd’hui, la propriété appartient à la ville de Bordeaux, mais son usage actuel, confié à l’association dominicaine Stella depuis 1968, en fait un lieu à la fois historique et religieux. Son inscription partielle aux Monuments historiques protège ses éléments les plus remarquables, comme la galerie aux ordres antiques superposés, considérée comme un exemple rare d’architecture classique bordelaise.