Origine et histoire de la Maison, Rue du Marché
La maison située 10-12 rue du Marché à Gray est un édifice emblématique des XVe et XVIe siècles, marqué par une architecture civile typique de la fin du Moyen Âge. Son haut pignon sur rue et ses deux tours d'escalier en vis – l'une ouvrant sur la rue, l'autre sur la cour – en font un exemple rare de grenier public ou maison aux dîmes. Les portes d'entrée, encadrées de pilastres ioniques et ornées de cartouches sculptés de motifs végétaux et de damiers, datent de la seconde moitié du XVIe siècle. La charpente, avec ses fermes à cinq niveaux d'entraits, supporte un toit à longs pans, conservant la volumétrie d'origine. Un blason non identifié, représentant trois fers de moulin, suggère un lien avec une corporation ou une activité économique locale.
La distribution intérieure révèle une organisation fonctionnelle : le corps de bâtiment au 10 rue du Marché abrite un vaste volume libre dès le 1er étage, caractéristique des greniers, tandis que le 12 rue du Marché servait d'habitation. Une devise gravée sur l'escalier côté cour, « Dieu est mon espoir », évoque la famille Gauthiot d'Ancier, propriétaire d'un hôtel voisin dont subsistent des vestiges. Des transformations majeures ont eu lieu aux XVIIe et XIXe siècles, comme en témoignent une cheminée du XVIIe et des aménagements commerciaux au rez-de-chaussée. Classé Monument Historique en 2002, l'édifice illustre l'évolution des usages urbains, du stockage des dîmes à l'habitat bourgeois.
Les escaliers demi hors-œuvre, avec leurs portes richement décorées, soulignent l'importance symbolique de l'édifice. Le passage charretier et les éléments défensifs résiduels rappellent son rôle dans la vie économique de Gray, alors ville marchande de Franche-Comté. Les remaniements successifs, notamment la modification des façades au XIXe siècle, reflètent les adaptations aux besoins modernes, tout en préservant des traces des fonctions médiévales. L'absence d'identification précise du blason et des archives détaillées laisse planer des incertitudes sur son usage exact, entre grenier seigneurial, maison de corporation ou lieu de perception des dîmes.
La charpente d'origine, avec ses cinq niveaux d'entraits, est un témoignage exceptionnel des techniques de construction de l'époque. Les fermes, encore visibles, supportent un toit dont la pente accentuée est typique des bâtiments de stockage médiévaux. Les baies à meneaux, partiellement conservées, permettent une datation fine entre la fin du XVe et le début du XVIe siècle. Les transformations ultérieures, comme l'ajout de la cheminée du XVIIe siècle, montrent une occupation continue, probablement par des familles aisées, comme les Gauthiot d'Ancier. L'édifice, aujourd'hui protégé, offre un rare exemple d'architecture civile transitoire entre Moyen Âge et Renaissance en Bourgogne-Franche-Comté.