Frise chronologique
vers 1490
Construction initiale
Construction initiale
vers 1490 (≈ 1490)
Édifiée par un marchand toilier
automne-hiver 1551-1552
Poutre du premier étage
Poutre du premier étage
automne-hiver 1551-1552 (≈ 1552)
Datation dendrochronologique précise
printemps 1649
Reprises structurelles
Reprises structurelles
printemps 1649 (≈ 1649)
Bois du second étage et combles
2e moitié XVIIe siècle
Suppression des pondalez
Suppression des pondalez
2e moitié XVIIe siècle (≈ 1750)
Ajout d’un escalier secondaire
XIXe siècle
Remaniemements majeurs
Remaniemements majeurs
XIXe siècle (≈ 1865)
Modification toiture et intérieurs
6 avril 2007
Protection intégrale
Protection intégrale
6 avril 2007 (≈ 2007)
Classement des intérieurs
2023
Étude dendrochronologique
Étude dendrochronologique
2023 (≈ 2023)
Nouveaux datations des bois
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui (≈ 2025)
Position de référence.
Patrimoine classé
La maison en totalité (cad. AC 124) : inscription par arrêté du 6 avril 2007
Personnages clés
| Marchand toilier (anonyme) - Commanditaire présumé |
Constructeur vers 1490 |
| Saint Pierre - Figure sculptée |
Représentation au rez-de-chaussée |
| Saint Martin - Figure sculptée |
Représentation à l’étage supérieur |
| Saint Georges - Figure sculptée |
Représentation au premier étage |
| Judith Tanguy-Schröer - Historienne de l’art |
Auteure de l’inventaire 2018 |
| Fanny Gosselin - Spécialiste en architecture |
Étude dendrochronologique 2023 |
Origine et histoire
La maison du 14 rue de la Chalotais à Tréguier est une construction emblématique de la fin du XVe siècle, édifiée vers 1490 par un marchand toilier. Elle illustre le type architectural des pondalez, conçu pour la noblesse commerçante des villes portuaires du nord de la Bretagne. Son plan irrégulier, étiré en profondeur, combine un rez-de-chaussée commercial ouvert sur la rue et un hall central de 13 mètres de haut, destiné à accueillir les acheteurs étrangers. L’escalier en vis sculpté, orné d’un programme iconographique religieux (saint Martin, saint Georges, saint Pierre), dessert les étages où les chambres, isolées par des cloisons en pan de bois, communiquaient autrefois via des galeries en bois (pondalez) surplombant le hall.
La façade sur rue, en pan de bois à encorbellements, présente des poteaux, sablières et contreventements en croix de Saint-André, tandis que les baies des étages forment un bandeau continu horizontal, caractéristique de l’atelier de Guingamp. À l’arrière, la façade en pierre réemploie les chainages des baies d’origine. Le rez-de-chaussée, entièrement communicant, abritait une « grande boutique » chauffée par une cheminée monumentale (aujourd’hui réduite), ainsi qu’une petite cuisine équipée d’un évier et d’un vaisselier en pierre, séparée du hall par une claustra disparue. Les latrines, adossées à la tour d’escalier, et un escalier secondaire ajouté à l’époque moderne témoignent des adaptations successives du bâtiment.
Au XVIIe siècle, les galeries (pondalez) reliant les chambres sur rue et sur cour furent supprimées, remplacées par un escalier en vis arrière pour un accès plus pratique. Le XIXe siècle vit d’importants remaniements : modification de la toiture (disparition du pignon droit), enduit sur la façade en pan de bois, percement de grandes baies, et division de l’espace intérieur. Classée partiellement en 1964, la maison bénéficia en 2007 d’une extension de protection à ses intérieurs après la redécouverte de son appartenance aux pondalez. Les restaurations récentes (à partir de 2007) ont restitué l’espace central, l’escalier, et les cloisons en pan de bois, tandis qu’une étude dendrochronologique (2023) a précisé les dates d’abattage des bois : automne-hiver 1551-1552 pour la poutre du premier étage, et printemps 1649 pour des reprises au second étage et dans les combles.
Cette maison, l’une des premières du type pondalez, révèle des « maladresses » d’exécution révélatrices de son caractère précoce : désalignement des niveaux entre chambres sur rue et sur cour, vaisselier partiellement masqué par l’escalier. Son organisation spatiale reflète les besoins d’une activité marchande prospère, combinant espace de vente, réception des clients, et logis privé. La protection intégrale de la maison (arrêté du 6 avril 2007) souligne son importance patrimoniale, tant pour son architecture que pour son témoignage sur la vie des marchands toiliers bretons à la charnière du Moyen Âge et de l’époque moderne.