Origine et histoire de la Maison, Grande-Rue
La maison située au 19 Grande-Rue à Felletin est un édifice civil dont la construction remonte probablement entre le XIIIe et le XIVe siècle, comme en témoignent des éléments architecturaux tels que le cordon mouluré du premier étage. À l’origine, elle occupait une position stratégique près du prieuré local et présentait deux élévations, dont une donnant sur une place aujourd’hui rétrécie. Sa structure, plus profonde que large, se développe sur deux étages carrés et un étage de comble, avec une façade ornée de corbeaux en pierre et d’une niche d’angle vide, surmontée d’un dais à ogives rayonnantes et d’un pinacle à feuillages frisés.
Au XVe ou XVIe siècle, la maison subit des remaniements majeurs, notamment l’ajout d’une tour en demi-hors-œuvre abritant un escalier en vis en pierre, ainsi que des modifications des fenêtres et de la toiture (passage d’un mur pignon à une croupe). Une partie est de l’édifice, incluant une élévation orientale, fut détruite après 1817, date à laquelle la maison appartenait à Joseph Conseil, marchand. L’intérieur conserve des traces de son usage passé, comme une cheminée cintrée au rez-de-chaussée et une niche d’évier ornée d’une accolade au premier étage, dont l’écoulement se faisait vers une venelle adjacente.
La niche d’angle, élément protégé depuis 1963, est un témoignage remarquable de l’art médiéval local. Sculptée à environ 1,50 m de hauteur, elle repose sur un culot représentant un personnage en buste aux cheveux frisés, dans une posture arc-boutée. Le dais, en saillie au-dessus d’un arc trilobé, est décoré d’ogives et de feuillages stylisés, reflétant l’influence gothique. L’appareil quadrangulaire de la façade et les corbeaux saillants suggèrent une vocation initiale mixte, à la fois habitation bourgeoise et espace commercial (présence probable d’un auvent d’échoppe au rez-de-chaussée).
Les transformations ultérieures, comme le cloisonnement des étages ou la modernisation de certaines baies, attestent d’une adaptation continue aux besoins de ses occupants. Malgré ces modifications, la maison conserve des caractéristiques médiévales rares, comme les fenêtres à double mouluration ou les baies chanfreinées de la tour d’escalier. Son histoire reflète l’évolution urbaine de Felletin, marquée par la densification du bâti et la disparition partielle de son tissu médiéval.