Origine et histoire
La maison dite La Synagogue, située au 3 rue de l’Abbé-Aury à Hérisson (Allier), est une construction civile du début du XIVe siècle, comme l’atteste la datation dendrochronologique de sa charpente. Son appellation locale, sans lien avec une fonction religieuse juive, pourrait provenir d’une occupation protestante lors des guerres de Religion. Le bâtiment, accessible par un porche en grès rouge daté du XIVe siècle, se distingue par son toit en bâtière et son intégration dans une cour privée.
L’intérêt patrimonial de la maison repose sur deux éléments majeurs : un décor peint exceptionnel du XIVe siècle et une charpente médiévale intacte. Les peintures murales, découvertes dès 1889, ornent les pignons des combles et représentent des scènes profanes (cavaliers, dame à l’étendard, centaure, dragon). La charpente, quant à elle, conserve des motifs héraldiques peints sur les entraits et poinçons, ainsi que des vestiges de lambris d’origine. Une fenêtre à quadruple arcature du XIIIe siècle, réemployée puis vendue aux États-Unis en 1927, témoigne d’une phase antérieure du bâtiment.
À l’origine, la maison était bien plus vaste, incluant une grande salle (aula) et une chambre (camera) sous un même volume. Au XVIe siècle, elle fut réduite des deux-tiers côté nord-ouest, puis divisée en hauteur pour créer un étage. Bien que le commanditaire reste anonyme, son statut de notable fortuné est attesté par la qualité des décors. La maison, inoccupée depuis 2008, a été acquise en 2022 par le département de l’Allier. Elle est classée Monument historique depuis novembre 2025, après une inscription en 2021.
Les peintures, en état remarquable malgré des remaniements (percement de fenêtres au XVIe siècle), illustrent des thèmes courtois et fantastiques. Le pignon nord montre deux cavaliers encadrant une dame à l’étendard, tandis que le pignon sud conserve un dragon intact près du conduit de cheminée médiéval. Ces décors, associés à la charpente peinte, font de ce logement bourgeois l’un des rares exemples conservés d’une demeure aristocratique provinciale du début du XIVe siècle en Auvergne.
La maison a fait l’objet d’études récentes, notamment par Térence Le Deschault de Monredon (2020), qui a confirmé l’authenticité des peintures. Depuis 2022, l’association Hérisson 1300 organise des visites ponctuelles en partenariat avec le département. Le bâtiment, symbole du patrimoine médiéval bourbonnais, illustre aussi les aléas de la conservation : la disparition de sa baie géminée, vendue à un antiquaire en 1927, rappelle les risques de dispersion des éléments architecturaux avant leur protection légale.