Origine et histoire de la Maison, Rue Ernest-Renan
La maison située au 31 rue Ernest-Renan à Tréguier est un exemple remarquable d’architecture civile bretonne du XVIe siècle. De plan allongé, elle présente une façade sur rue en encorbellement, avec un rez-de-chaussée en pierre de taille et moellon de granite, tandis que l’étage et les combles sont en pans de bois. Le contreventement latéral par des croix de saint André, ainsi que la succession de potelets, révèlent une structure d’origine conçue pour des fenêtres de petites dimensions, aujourd’hui agrandies. Les murs latéraux en maçonnerie, conçus comme coupe-feu, témoignent des précautions anti-incendie courantes dans les villes médiévales densément bâties.
À l’intérieur, la maison était initialement divisée en deux espaces au rez-de-chaussée : une pièce commerciale ouverte sur la rue par une vitrine en arc surbaissé, et une cuisine équipée d’une cheminée, dont les chevêtres subsistent sur le pignon ouest. L’étage abrite une grande salle dotée d’une cheminée Renaissance, ornée d’un blason effacé, probablement celui d’un marchand. Deux escaliers en vis, l’un en pierre menant à la cave, l’autre en bois desservant les étages, complètent l’aménagement. Une aile en retour d’équerre, aujourd’hui bouchée, communiquait autrefois avec la cuisine. Le jardin en terrasse, soutenu par un mur de schiste, occupe plusieurs parcelles réunies postérieurement.
Classée Monument Historique par arrêté du 12 juin 1946, cette maison illustre l’adaptation des constructions en pan de bois aux besoins commerciaux et résidentiels de l’époque. Les remaniements du XIXe siècle, comme l’agrandissement des baies et le remplacement des encadrements de pierre par du bois, reflètent les évolutions des modes de vie et des goûts architecturaux. La parcelle d’origine, en lanière, était typique des lots urbains médiévaux, optimisant l’espace dans un tissu urbain dense.
La localisation de la maison dans la partie basse de la rue Renan, artère historique de Tréguier, suggère son intégration dans un quartier marchand actif. Les éléments défensifs contre l’incendie et la structure en pans de bois, courante en Bretagne, soulignent à la fois les contraintes techniques de l’époque et le statut social de ses occupants, probablement des marchands aisés. L’absence de documents d’archives sur les propriétaires originels limite cependant la connaissance précise de son histoire sociale.