Origine et histoire
La maison située à Rodez, édifiée au XVIe siècle, adopte un plan allongé entre la rue du Bal et la rue du Court-Comtal. Son emprise au sol remonte à une construction médiévale antérieure, attestée par une vue de 1495 la désignant comme la maison de Barthélemy Gauchoz. Les livres d’estimes de 1450 et 1497 révèlent une division fonctionnelle : un corps de logis avec trois ouvroirs (chambre, salle, étable) et des galeries intérieures reliant les étages. La façade sur la rue du Bal, ornée d’un décor gothique tardif, conserve des contrefiches, des cordons d’appui et des fenêtres à croisées modifiées, surmontées d’arcs en accolade et de pinacles flamboyants.
À l’origine propriété de la famille Goch (Barthélemy en 1450, puis son fils en 1497), cette demeure reflète le statut de marchands aisés, comme d’autres familles du Bourg (Daulhou, Masnau). Les cheminées et la distribution des pièces confirment une organisation domestique médiévale. Au XIXe siècle, la maison devient la propriété du marchand Siméon Boyer (1810), puis du pharmacien Trouillet à la fin du siècle. Ce dernier y installe son officine (Pharmacie moderne) et réaménage l’intérieur : escalier rampe sur rampe, porte néo-classique à bossage, et éléments mobiliers (miroirs, porte-chapeaux) datant de cette période.
La transformation majeure intervient au tournant des XIXe et XXe siècles, avec la fusion de l’étable et du logis, et l’ajout d’une entrée rue du Court-Comtal. Les anciennes baies du rez-de-chaussée, remplacées par des vitrines, témoignent de cette adaptation commerciale. Classée pour sa façade et sa toiture en 1950, la maison illustre l’évolution d’une demeure marchande médiévale en un bâtiment mixte (habitation et commerce), tout en conservant des éléments architecturaux gothiques remarquables, comme les larmiers ou les encadrements de fenêtres à gorges et tores.
Les sources écrites (livres d’estimes, vue de 1495) et les traces matérielles (cheminées, pans de bois) permettent de reconstituer partiellement son histoire, bien que les biographies des propriétaires (Goch, Boyer, Trouillet) restent fragmentaires. L’édifice incarne ainsi la transition entre l’habitat médiéval ruthénois et les mutations urbaines des XIXe–XXe siècles, marquées par l’essor des activités commerciales dans le centre historique.