Origine et histoire
La maison située au 12 rue Colvestre à Tréguier est un édifice à pans de bois des XVe et XVIe siècles, typique de l’architecture urbaine médiévale bretonne. Sa façade en encorbellement, soutenue par quatre poteaux de chêne au rez-de-chaussée, illustre les techniques constructives de l’époque. Les murs coupe-feu en pierre, non alignés avec l’encorbellement, et les entretoises moulurées en sifflet entre les poutres révèlent un savoir-faire artisanal sophistiqué. Les croix de saint André en allège et les sablières unies des étages soulignent son authenticité, malgré la perte du torchis originel.
L’intérieur, organisé autour d’un escalier en vis latéral, reflète une hiérarchie sociale marquée. Au rez-de-chaussée, la salle basse manoriale (côté rue) et l’office (côté cour) communiquent par deux portes, tandis que les étages abritent des pièces nobles dotées de cheminées ornées, dont une armoriée aux motifs Renaissance (coquilles, merlettes, molettes). Ces éléments, datables du début du XVIIe siècle pour certains, attestent de la notabilité des occupants, probablement une famille noble ou aisée. La distribution des latrines et des cheminées (mur gouttereau est) optimise l’espace habitable, caractéristique des maisons urbaines de cette période.
La maison s’inspire des modèles de Guingamp, avec une façade à avant-soliers et trois fenêtres rapprochées éclairant les étages. Construite entre 1470–1480 ou vers 1520, elle a été partiellement restaurée au XXe siècle (1966), notamment pour remplacer des pièces de bois dégradées. Son inscription aux Monuments historiques en 1964 (façades et toitures) souligne sa valeur patrimoniale, bien que sa localisation exacte reste approximative (précision : 5/10). En 1835, elle appartenait à Joseph Offret, puis à la veuve Le Goaster, selon les archives cadastrales.
Le décor des cheminées, comparables à celles de la maison d’armateur (7 Place du Général de Gaulle) ou du 18 rue Saint-André, confirme l’influence des styles Renaissance dans la région. Les armoiries d’alliance, bien que partiellement interprétables (neuf coquilles, merlette, molettes), suggèrent un mariage ou une ascension sociale à la fin du XVIe siècle. Ce logis, malgré les modifications ultérieures, reste un exemple rare de maison manoriale conservée en Trégor, illustrant la transition entre Moyen Âge et Renaissance dans l’habitat breton.
La perte du torchis originel et les restaurations modernes n’altèrent pas sa structure d’origine, préservée grâce à des techniques de greffe sur les bois endommagés. Son plan, conçu pour maximiser l’espace habitable, et ses éléments défensifs (murs coupe-feu) révèlent une adaptation aux contraintes urbaines et aux risques d’incendie. Aujourd’hui, la maison constitue un témoignage précieux de l’architecture civile médiévale en Bretagne, complémentaire des édifices religieux ou militaires plus souvent étudiés.
Les états de section du cadastre de 1835 mentionnent deux propriétaires distincts pour des parcelles adjacentes (maison, bâtiments, cour et jardin), indiquant une possible division ou un usage mixte du site. La parcelle n°239, inscrite aux Monuments historiques, correspond à l’actuel 12 rue Colvestre, tandis que la parcelle n°240, associée à la veuve Le Goaster, inclut un jardin (parcelle n°243). Ces détails cadastraux éclairent l’organisation spatiale et sociale du quartier à l’époque moderne.