Origine et histoire
La maison située au 1, rue du Général-Koenig à Neuwiller-lès-Saverne (Bas-Rhin) est un édifice civil du 1er quart du XVIIe siècle, bien que son style architectural suggère une origine possible au XVIe siècle. Elle se distingue par une façade en grès ornée de sculptures Renaissance et gothique tardif, comme des têtes humaines, des médaillons à rosaces, et des moulures entrecroisées (Stabwerk). La porte charretière en plein cintre et la porte d’entrée surélevée, encadrée de pilastres, témoignent d’un soin particulier apporté à sa construction. À l’arrière, l’étage et la tourelle d’escalier hors-œuvre sont en pan de bois, tandis que le toit à demi-croupes couvre l’ensemble.
Cette maison, mitoyenne au nord-ouest de l’enclos abbatial, aurait pu appartenir à un chanoine, bien qu’aucun document du XVIIIe siècle ne confirme cette hypothèse. Au début de ce siècle, elle abritait une boulangerie, mais son usage initial reste incertain. L’intérieur, inaccessible lors des enquêtes, n’a pu être étudié. Les marques de tâcheron visibles sur les pierres (comme des feuilles d’acanthe) et les éléments architecturaux hybrides (Renaissance/gothique) suggèrent une construction par des artisans locaux qualifiés, peut-être liés à l’abbaye voisine.
Classée monument historique depuis 1934 (inscription des façades et toitures), cette maison illustre l’architecture civile alsacienne de la charnière XVIe–XVIIe siècles. Son passage d’entrée au rez-de-chaussée, ses fenêtres à meneaux (dont certaines sont murées), et son perron refait avec sièges soulignent son adaptation aux besoins domestiques et commerciaux. La tourelle d’escalier irrégulière, éclairée par des fenêtres rampantes, et le pignon nord-ouest en pan de bois crépi révèlent des techniques constructives mixtes, typiques des régions frontalières où se croisent influences germaniques et françaises.
La localisation de la maison, au nord de l’enclos abbatial de Neuwiller-lès-Saverne, pourrait indiquer un lien avec la communauté religieuse, bien que les archives manquent pour l’attester. Son état de conservation, malgré des modifications (perron, sièges), permet d’apprécier des détails rares comme la porte de cave en plein cintre ou les niches à coquille de la porte charretière. Les deux têtes sculptées (homme et femme) encadrant cette dernière pourraient symboliser les propriétaires ou des figures allégoriques, pratique courante dans l’art Renaissance.
Aujourd’hui, la maison reste un témoignage exceptionnel du patrimoine civil alsacien, marqué par la coexistence de styles et de matériaux. Son classement protège des éléments uniques comme le fronton à coquille de la porte d’entrée ou les fenêtres à meneaux cachées par des volets. Bien que son histoire exacte soit fragmentaire, son architecture reflète les échanges culturels et artisanaux de l’époque, entre tradition gothique tardive et innovations Renaissance.