Origine et histoire de la Maison, Rue Kilian
La maison au 4 rue Kilian, située à Riquewihr (Haut-Rhin), est un exemple remarquable d’architecture civile alsacienne du début du XVIIe siècle. Construite en grès avec des chaînes d’angle, elle présente un plan rectangulaire avec un avant-corps et une tourelle d’escalier circulaire datée de 1616. La porte d’entrée monumentale, ornée d’un entablement et d’une baie en plein cintre, porte la date de 1618, tandis que certaines fenêtres d’origine, à meneaux et moulurations, subsistent malgré des remaniements ultérieurs.
Le bâtiment a appartenu à plusieurs propriétaires influents, dont Andreas Staedelin, qui fit reconstruire le corps de logis en 1618 et ajouter la tourelle d’escalier deux ans plus tôt. En 1645, la propriété passa au stettmeistre (maire) de Colmar, Jean Henri Moog, puis au maire Kaercher jusqu’en 1830. Des éléments comme le vestibule aux portes en bois sculpté, le plafond peint de rinceaux floraux, et une porte de vendangeoir datée de 1618 témoignent de son riche passé. Une porte charretière de 1540, surmontée d’un écu bûché, suggère une origine plus ancienne, peut-être liée à Conrad de Kaysersberg ou au comte Louis de Wurtemberg, propriétaire en 1444.
L’ensemble, autrefois appelé Schoppenhof puis Kegelannhof (à l’origine du nom actuel de la rue Kilian), comprenait plusieurs bâtiments formant une seule propriété jusqu’au XIXe siècle. Le plan cadastral napoléonien de 1833 confirme cette unité, avant un partage vers 1870, marqué par des initiales gravées (DH CB) sur une porte. Les dépendances, comme le corps de passage sud avec son étage en pan de bois et sa coursière, ou le puits encastré, illustrent l’évolution du site, entre fonctions résidentielles, viticoles (vendangeoir) et agricoles (étable).
Classée monument historique en 1930 pour ses façades, sa tourelle d’escalier et son vestibule, cette maison incarne l’histoire sociale et architecturale de Riquewihr, ville viticole alsacienne. Les modifications des XIXe et XXe siècles (fenêtres, murages, surélévations) coexistent avec des traces médiévales, comme la porte de 1540, reflétant près de six siècles d’adaptations. Les millésimes gravés (1616, 1618, 1664, 1870) et les armes effacées rappellent les transformations liées à ses propriétaires successifs, des nobles aux bourgeois locaux.