Origine et histoire
La rue Gutenberg, voie de Strasbourg rattachée administrativement au quartier Gare‑Kléber, relie le secteur historique de la place Gutenberg — côté rue des Grandes‑Arcades — aux rues modernes des Francs‑Bourgeois et de la Division‑Leclerc, ouvertes lors de la Grande‑Percée. Elle doit son nom à Johannes Gutenberg, inventeur des caractères métalliques mobiles. La rue est riche en immeubles remarquables, souvent du XVIIIe siècle, mais plusieurs bâtiments ont été détruits par les bombardements de 1944 et reconstruits au début des années 1950. Sous son appellation actuelle, la « rue Gutenberg » est de création récente : jusqu'en 1962 elle faisait partie de la Grand'Rue, dont on a détaché au nord les numéros impairs 127 à 153 et au sud les numéros pairs 138 à 152, puis le plus court tronçon reliant la rue des Francs‑Bourgeois à la place Gutenberg a été renommé en 1963, avec une numérotation inverse de celle de la Grand'Rue. Adolphe Seyboth signale qu'une distinction existait dès le Moyen Âge entre le haut de la Grand'Rue (Obere Strasse, « rue Haute ») et la partie basse, parfois nommée « niedere lange Strass », qui deviendra la rue Gutenberg.
Parmi les numéros pairs, le n°2, à l'angle du 54 rue des Grandes‑Arcades, occupe un emplacement attesté dès 1403 sous le nom de Scharwächterhus ou domus custodum; l'immeuble actuel date de 1747 et se caractérise par un chaînage à refends, un cordon en grès à chaque niveau, des encadrements de fenêtres en grès aux linteaux légèrement arrondis et un passage sous arcades. La maison du n°6, occupée depuis la seconde moitié du XVIIe siècle par des pharmaciens et reconstruite en 1763 dans le style du XVIIIe siècle, a été détruite en 1944 et remplacée vers 1950. Les n°8 et n°10, initialement construits aux XVIIe et XVIIIe siècles, ont subi le même sort en 1944 et ont été rebâtis respectivement en 1951 et 1952. Le n°16, possédé par la famille Ingold au XVIe siècle, fut en 1585 un lieu de réunion pour des réfugiés huguenots ; au XVIIIe siècle plusieurs marchands italiens s'y succèdent et en 1743 l'orfèvre Jean Frédéric Roederer conduit des travaux qui aboutissent à un portail original, mêlant des éléments du baroque germanique et un décor rocaille inspiré des lambris du Palais Rohan ; ce portail est inscrit au titre des monuments historiques depuis 1929. Le n°18, autre maison liée aux Ingold, est acheté en 1728 par le négociant italien François Longho qui transforme la façade en 1741 ; les clés de cintre des baies du premier et du deuxième étage portent des têtes sculptées représentant probablement les quatre parties du monde et les quatre saisons, et une petite niche centrale abrite une statuette de saint Joseph portant l'Enfant Jésus. Le n°20, maison Renaissance, a conservé son oriel du XVIe siècle et sa façade est inscrite aux monuments historiques depuis 1929, tout comme l'oriel du n°22, édifice de la Renaissance tardive construit en 1670.
Parmi les numéros impairs, le n°3, à l'angle de la rue du Miroir, est une maison de 1747 refaite dans les années 1930, entièrement détruite le 11 août 1944 puis reconstruite en 1951 dans un style simplifié ; un passage protégé avec enseigne commerciale et des encadrements de fenêtres en grès apparaissent en 2013 et l'immeuble a été rénové en 2015. Le n°5, ancien hôtel de la Tribu des Marchands ou « poêle de la Tribu du Miroir », porte l'inscription « TRIBU. DES MARCHANDS. M.DCCL.XXXV » sur la façade arrière donnant sur la rue Gutenberg ; de décor néo‑classique, il a été construit par Pierre‑Michel d'Ixnard entre 1782 et 1785 ; ses façades et toitures sur rue ainsi que l'ancienne salle de concert au premier étage sont classées au titre des monuments historiques depuis 1984. Le n°7, édifié en 1865 par Philippe Lauer et Auguste Schlagdenhauffen à l'emplacement d'une maison du XVIIe siècle, comprend un rez‑de‑chaussée, trois étages et un étage mansardé avec huit fenêtres par étage, les deux fenêtres centrales présentant des parements en grès et des balcons à partir du deuxième étage. Le n°9, probablement construit vers les années 1720, est un immeuble de deux étages surmonté de combles à la Mansart, avec une façade ornée d'un décor peint en trompe‑l'œil et des encadrements de fenêtres à chambranles à crossettes.
Plusieurs éléments — portails, oriels et façades — bénéficient d'une protection ou d'une inscription au titre des monuments historiques, attestant de la valeur patrimoniale de la rue et de ses maisons.