Origine et histoire
La maison Bergeret est un hôtel particulier conçu par l’architecte Lucien Weissenburger entre 1903 et 1905 pour l’imprimeur Albert Bergeret, figure de l’industrie nancéienne. Ce bâtiment emblématique de l’École de Nancy, mouvement Art nouveau lorrain, se distingue par sa façade dynamique et sa structure métallique innovante. Les artistes majeurs du mouvement y ont collaboré : Louis Majorelle (ferronneries et cheminée du salon), Eugène Vallin (ébénisterie et plafond de la salle à manger), Jacques Gruber (cinq verrières, dont le vitrail Roses et mouettes du hall), Joseph Janin (trois ensembles de verrières), et Victor Prouvé (toile marouflée du plafond du hall, aujourd’hui déposée).
Le thème décoratif unificateur, la monnaie-du-pape, se retrouve dans les ferronneries et les motifs stylisés, moins exubérants qu’à la villa Majorelle mais tout aussi structurés. À l’origine, le portail en fer forgé, aujourd’hui disparu, présentait une symétrie marquée et des éléments décoratifs en tôle découpée. Une partie des grilles, déplacée à Ménil-Flin, en témoigne encore. L’intérieur, restauré, conserve des décors d’exception comme les balcons, la rampe d’escalier, et les verrières, malgré la perte de certains éléments (cheminées, plafond de Vallin, vitrail du jardin d’hiver) après 1946, lorsque l’État devint propriétaire du site.
Classée monument historique en 1996 après une inscription partielle en 1975, la maison Bergeret est située au 24 rue Lionnois, contiguë à l’ancienne imprimerie Bergeret (1901-1902), elle aussi conçue par Weissenburger. L’immeuble, transformé après la cessation d’activité de l’imprimerie en 1936, abrite désormais des services de l’Université de Lorraine. Son histoire reflète l’alliance entre industrie, art et patrimoine, caractéristique de Nancy au tournant du XXe siècle.
Le bâtiment a également servi de décor au film L’Étrange Couleur des larmes de ton corps (2012), aux côtés de la villa Majorelle, soulignant son statut d’icône de l’Art nouveau. Les archives et études récentes (ouvrages de Frédéric Descouturelle, Roselyne Bouvier) documentent sa restauration et son rôle dans la diffusion du style École de Nancy, mêlant innovation technique et esthétique végétale.
Les matériaux utilisés — briques de verre pour le jardin d’hiver, fer forgé, bois sculpté — et la collaboration entre artisans en font un manifeste architectural. La maison incarne l’idéal de l’union des arts prôné par l’École de Nancy, où chaque détail, des grilles aux vitraux, contribue à une œuvre d’art totale. Son classement intégral en 1996 consacre cette dimension patrimoniale exceptionnelle.