Origine et histoire
La maison Coquille, dite aussi maison Turlet, se situe au n°4 rue du Nègre-Sans-Peur à Basse-Terre (Guadeloupe) et, construite à la fin du XVIIIe siècle, figure parmi les plus anciens édifices de la ville et de l'archipel. Elle a été inscrite aux monuments historiques en 1987 puis classée en 1990. Le terrain de 3 100 pas fut acquis en 1771 par Robert Germain Coquille, procureur général du Conseil souverain de la Guadeloupe ; un plan de 1776 montre la parcelle encore non bâtie et bordée à l'est par des propriétés agricoles. Un inventaire de 1788 décrit trois bâtiments : le corps principal en maçonnerie, un second corps en bois et, à l'arrière, un bâtiment en maçonnerie de 22 pieds sur 16 abritant la cuisine et un garde-robe. Le corps principal comprenait une salle, un cabinet et un corridor surmonté d'un galetas accessible par un escalier en pierre. Le second corps, en bois, comportait une galerie et un salon indépendant, construit en poteaux de bois dits incorruptibles et planches de sapin, carrelé de marbre et dépourvu de comble. La propriété comportait aussi plusieurs appentis servant de magasins, de logements pour les esclaves domestiques ou de locaux mis en location, et un grand jardin irrigué par des canaux et des bassins. En 1794, le corps principal, d'abord de taille modeste, fut surélevé d'un étage de comble en bois abritant trois chambres desservies par l'escalier en pierre ; cette surélévation semble avoir été anticipée dès 1788, ce qui expliquerait la présence de l'escalier distribuant le grenier. Le rez-de-chaussée était pavé de carreaux de Provence. Jusqu'en 1873, les toitures étaient en essentes ; cette année-là elles furent refaites en zinc et le pavillon abritant le salon fut reconstruit avec un rez-de-chaussée en maçonnerie et un étage en bois. L'étage de comble de la maison principale est dit à la Mansart et l'étage actuellement en place a été ajouté après 1873 ; ses poteaux coffrés sont caractéristiques de la fin du XIXe siècle. La propriété, qui occupait autrefois la majeure partie de l'îlot, a été morcelée, mais la disposition générale et les trois bâtiments principaux subsistent. Des campagnes de restauration ont été menées au début du XXIe siècle : le salon en 2002 puis la maison principale en 2005-2006. Sur le plan architectural, la maison présente le schéma courant des colonies outre-Atlantique aux XVIIIe et début XIXe siècles, avec un corps principal organisé en deux pièces et corridor, forme probablement inspirée de l'architecture américaine de l'époque. Une galerie ouverte hors-œuvre, longeant les façades avant des deux corps et desservie par l'escalier en pierre, constitue un élément classique de l'architecture créole : elle assure de l'ombre, limite l'échauffement des murs et offre un espace de vie abrité des pluies. Ces galeries, soutenues par des poteaux en bois, se sont répandues dans les Antilles françaises au second quart du XVIIIe siècle sous l'influence des colonies espagnoles voisines, mais restent peu courantes à Basse-Terre. L'escalier en maçonnerie de la fin du XVIIIe siècle reliant galerie haute et galerie basse est rare et se distingue par des balustres en terre cuite.