Origine et histoire de la Maison d'Armagnac
La Maison d'Armagnac est un hôtel particulier situé au cœur de Rodez, place de l'Olmet, construit sur l’emplacement de l’ancien château des comtes d’Armagnac. Bien que nommée en référence à ce château, elle fut édifiée par la famille Daulhon, notamment Hugues Daulhon, riche marchand ruthénois. La date de 1531, gravée sur une sculpture, suggère une construction entre 1525 et 1531, dans un style Renaissance marqué par des influences italianisantes.
L’hôtel fut initialement la propriété des Daulhon, avant de passer par alliance à la famille Bandinel au XVIe siècle, puis d’être vendu en 1623 à Raymond Durif, un autre marchand. Son plan complexe résulte de l’assemblage de trois parcelles médiévales, avec des façades en pan-de-bois recouvertes de plaques de calcaire jaune imitant un appareil de pierre. Les éléments décoratifs, comme les médaillons et pilastres ornés de rinceaux, s’inspirent de la clôture de chœur de la cathédrale de Rodez (1529-1531).
La distribution intérieure, organisée autour d’une cour avec loggias superposées et un escalier en vis à décor de voûtes à liernes, reflète une double fonction résidentielle et commerciale, typique des demeures urbaines médiévales. Le porche voûté d’ogives, orné de figures fantastiques, servait d’accès aux boutiques, au logis et aux caves. Classée Monument historique dès 1862, la maison fut restaurée en 1857 par l’architecte Loirette, qui y ajouta des menuiseries néo-Renaissance sculptées par François Mahoux.
Hugues II Daulhon, bourgeois devenu seigneur, entreprit cette réédification au second quart du XVIe siècle, conservant cependant la distribution médiévale héritée de son père, Géraud Daulhon. Le bâtiment, représenté sur un plan de 1495 comme la « maison de Géraud Daulhou », abritait alors des boutiques au rez-de-chaussée et des logements aux étages. Son classement précoce et son iconographie singulière (comme le tympan de la porte du logis) en font un témoignage rare de l’architecture civile ruthénoise.
La maison fut partiellement classée en 1862 (magasin, tour et escalier), bénéficiant d’un intérêt patrimonial dès le XIXe siècle. Son décor extérieur, avec ses lucarnes surélevées et ses façades en « grilles architecturales », contraste avec les aménagements intérieurs disparus, dont la trace subsiste dans les livres d’estimes des XVe et XVIe siècles. Aujourd’hui, elle reste un exemple emblématique de l’adaptation des élites marchandes ruthénoises aux canons de la Renaissance.