Origine et histoire de la Maison d'arrêt
La maison d'arrêt de Mont-de-Marsan, construite entre 1807 et 1809 par l'ingénieur David-François Panay et Claude Antoine Gagelin, incarne l'architecture pénitentiaire du Premier Empire. Érigée sur l'emplacement de l'ancien couvent des Ursulines, devenu bien national après la Révolution, elle répondait aux besoins fonctionnels et symboliques d'une préfecture nouvellement créée. Sa façade, inspirée des cachots antiques de Piranèse, reflétait la politique répressive napoléonienne, avec une austérité calculée pour inspirer crainte et respect, malgré les protestations initiales des riverains bourgeois.
Le monument s'inscrit dans un ensemble administratif cohérent, face au palais de justice et à la gendarmerie, comme en témoigne le cadastre de 1811. Le préfet Valentin-Duplantier vante en 1811 ses qualités : sûreté parfaite, infirmerie intégrée, et chemin de ronde facilitant la surveillance. Pourtant, son aspect sévère contraste avec le caractère luxueux de la rue Armand-Dulamon, bordée d'hôtels particuliers comme celui des Brettes. La prison, opérationnelle jusqu'en 2008, devient le théâtre d'exécutions capitales publiques en 1923 et 1931, avant d'être réquisitionnée pendant la Seconde Guerre mondiale par les Allemands pour interner des Juifs arrêtés dans les Landes.
Durant l'Occupation (1940-1944), la maison d'arrêt sert de lieu de détention pour environ 230 Juifs, séparant enfants et adultes avant leur transfert vers Bayonne, Dax, ou le camp de Mérignac. Après la Libération, elle accueille brièvement des collaborateurs présumés. Classée partiellement aux monuments historiques entre 1987 et 2010, seule sa façade est conservée lors de sa transformation en résidence « Cœur de Ville » en 2019. Le porche d'entrée, son escalier et sa porte en bois massif, ornés de bossages et d'anneaux de fer, illustrent l'esthétique néo-classique répressive de l'époque.
Architecturalement, la façade combine deux styles : la partie est, œuvre de Panay (1807-1809), présente des chaînes d'angle harpées et une porte monumentale à claveaux bossagés, tandis que la partie ouest, ajoutée par Arthaud (1820-1823), adopte un classicisme sobre avec des baies aveugles cintrées au rez-de-chaussée. Les matériaux, comme le bossage rustique, renforcent son aspect intimidant. Après 1945, la prison reste active jusqu'à l'exécution de René Discazeaux en 1947, dernier supplicié des Landes, avant sa fermeture définitive en 2008.
Symbole des mutations judiciaires et urbaines, le site incarne aujourd'hui la mémoire des violences du XXe siècle. Les 31 otages de Grenade-sur-l'Adour, arrêtés en 1944 pour résistance, y furent interrogés avant leur déportation à Dachau. Après-guerre, la prison illustre aussi l'évolution des peines capitales, avec le passage des exécutions publiques (1923, 1931) à des mises à mort discrètes dans la cour (1947). Son classement partiel en 1990 souligne sa valeur patrimoniale, malgré la disparition des bâtiments intérieurs.