Origine et histoire de la Maison de Georges Clemenceau
La maison et les jardins de Georges Clemenceau sont une maison de campagne vendéenne, située au lieu-dit Bélesbat (Belébat) à Saint-Vincent-sur-Jard, en bordure de l'océan Atlantique. Propriété célèbre pour avoir appartenu à Georges Clemenceau de 1919 à 1929, le site est classé monument historique depuis le 10 juillet 1970 et labellisé Maison des Illustres depuis 2011. Il s'agit d'une longère traditionnelle, ancienne maison de pêcheur de cinq pièces, peinte en blanc avec volets turquoise, toiture en tuiles romaines et terrasse donnant sur un vaste jardin et la plage. La maison est installée sur une dune face à l'océan, à proximité de la plage du Goulet, à 20 km au sud-est des Sables-d'Olonne et à 100 km au sud de Nantes. Après sa défaite à l'élection présidentielle de janvier 1920, Clemenceau se retire de la vie politique et, à 79 ans, s'installe dans sa région natale. Le colonel Luce de Trémont lui loue la maison avec un bail à vie et un loyer symbolique d'un franc, Clemenceau annonçant qu'il y séjournerait six mois par an. Il vit là de façon simple, proche de la nature, entouré d'une cuisinière et d'un valet de chambre, tout en conservant sa Rolls-Royce conduite par son chauffeur. À son arrivée, il fait ajouter un salon d'été vitré aux murs extérieurs recouverts de brandes, un kiosque ouvert qu'il appelle son « Trianon de bruyère » et un garage, puis installe l'eau courante, des toilettes, une sonnette pour les domestiques et l'électricité en 1926. Il y reçoit de nombreux amis et personnalités, dont Claude Monet, et y sert ses gibiers ou ses poulets sauce Soubise. Après sa disparition en 1929, son fils Michel Clemenceau cède la maison à l'État en 1932, qui la transforme en maison-musée gérée par le Centre des monuments nationaux. Le lieu est conservé en l'état avec son mobilier d'origine, ses souvenirs et ses objets personnels, notamment de nombreux cadeaux diplomatiques témoignant de son goût pour le japonisme. Dans le jardin figurent de petits arbustes, un mât avec des koi nobori, des kakémonos et deux petits renards en bronze à l'entrée de sa chambre, surnommés « Pasteur » et « Rothschild » ; on y trouve aussi des estampes japonaises et des porte-bouquets muraux. Le musée conserve une horloge dont les aiguilles sont arrêtées à 1 h 45, l'heure de sa disparition le 24 novembre 1929, une bibliothèque de près de 1 500 ouvrages dans le couloir, ainsi que dans le salon-fumoir le rocking-chair, l'armoire offerte par les habitants et le tapis marocain donné par le maréchal Lyautey. Sa chambre contient la petite bibliothèque tournante de son père, la plume d'oie avec laquelle il écrivait des poèmes à Marguerite Baldensperger, des pistolets rappelant son goût du duel, un lit surélevé pour mieux voir l'océan, trois figures de Bouddha et ses trophées de chasse, parmi lesquels une gueule de crocodile, des cornes d'antilopes et la peau de tigre blanc qui recouvre son lit. Un de ces trophées a été rapporté d'un safari au Bengale par Clemenceau. Derrière la maison, Clemenceau crée un jardin « impressionniste », inspiré par les jardins de Claude Monet à Giverny, pensé en tâches de couleur et en plantes non taillées. Restauré par l'État entre novembre 2005 et mai 2006, le jardin a été inauguré le 9 juin 2006 par Georges Clemenceau, l'arrière-petit-fils du président, et compte 7 000 fleurs disposées en massifs libres et protégés par des haies coupe-vent. Clemenceau écrivait : « Je vis parmi les fleurs, mais avec la mer comme fond de tableau » et, dans une lettre à Monet datée du 30 août 1923, il évoquait son jardin « sans plates-bandes, sans corbeilles, sans massifs, sans bosquets, sans allées ». Un puits dans le jardin rappelle ses efforts pour lutter contre l'assèchement causé par les vents marins et sa pratique d'enrichir le sol dunaire avec des algues. Le site borde le cordon dunaire de la forêt domaniale de Longeville-sur-Mer, au débouché de la rivière du Goulet, et surplombe une plage de sable, de roches et de vase. À l'écart du village, l'esplanade de l'entrée du musée a été refaite et un théâtre de verdure aménagé en 2006 ; une aire de pique-nique, des bancs et des arbres comme des cyprès et des pins maritimes offrent des lieux de détente face à la mer. La maison et ses jardins ont servi de décors dans plusieurs téléfilms, notamment Clemenceau (2012) d'Olivier Guignard, Clemenceau, la force d'aimer (2022) de Lorraine Lévy avec Pierre Arditi, et Le Tigre et le Président (2022) de Jean-Marc Peyrefitte avec André Dussollier. Une monographie de Denis Lavalle et Aurélie Samuel, Clemenceau au soir de sa vie : la maison de Saint-Vincent-sur-Jard, a été publiée par les Éditions du Patrimoine en 2008.