Origine et histoire de la Maison de Georges Clemenceau
La maison et jardins de Georges Clemenceau, située au lieu-dit Belébat (anciennement Bélesbat) à Saint-Vincent-sur-Jard en Vendée (Pays de la Loire), est une modeste longère de pêcheur de cinq pièces, typique de l’architecture locale. Peinte en blanc avec des volets turquoise et une toiture en tuiles romanes, elle surplombe l’océan Atlantique, à 20 km des Sables-d’Olonne. Acquise par Clemenceau en 1919 après sa retraite politique, elle devient sa résidence estivale jusqu’à sa mort en 1929. Le bail à vie, loué pour un franc symbolique par Luce de Trémont, lui permet d’y vivre simplement, entouré de domestiques, dans ce qu’il surnomme sa « bicoque de Bélebat » ou son « château horizontal ».
Clemenceau y apporte des aménagements comme un salon d’été vitré, un kiosque ouvert (« Trianon de bruyère »), un garage, ainsi que l’eau courante, l’électricité (en 1926) et des toilettes. Il y reçoit des personnalités, dont Claude Monet, et cultive une vie proche de la nature, malgré sa Rolls-Royce. La maison, classée monument historique en 1970 et labellisée Maisons des Illustres en 2011, conserve son mobilier d’origine, ses objets personnels (dont des cadeaux diplomatiques japonais), et une bibliothèque de 1 500 ouvrages. Son lit, recouvert d’une peau de tigre blanc rapportée du Bengale, rappelle son surnom de « Tigre ».
Derrière la maison, Clemenceau crée un jardin impressionniste inspiré de celui de Monet à Giverny, avec 7 000 fleurs disposées en tâches de couleurs, sans plates-bandes ni massifs structurés. Il y lutte contre l’aridité du sol dunaire en l’enrichissant d’algues et en plantant des haies coupe-vent. Restauré entre 2005 et 2006, ce jardin « sans règles » reflète son amour pour la nature et l’art, comme en témoigne sa correspondance avec Monet. Le puits du jardin rappelle ses efforts pour préserver l’humidité malgré les vents marins.
À sa mort en 1929, son fils Michel cède la propriété à l’État en 1932 pour en faire un musée géré par le Centre des monuments nationaux. La maison-musée, ouverte au public, expose ses souvenirs (armoire offerte par les habitants, tapis marocain du maréchal Lyautey, trophées de chasse), tandis que son jardin et sa terrasse offrent une vue sur la plage du Goulet. Le site, bordé par la forêt domaniale de Longeville-sur-Mer, inclut aussi un théâtre de verdure et une esplanade refaite en 2006. Clemenceau repose à Mouchamps, à 80 km au nord-est.
La maison a inspiré des œuvres comme Le Tigre dans les fleurs (1933) de Rosemonde Gérard, et servi de décor à des téléfilms (Clemenceau, 2012 et 2022). Son mobilier, figé dans le temps (horloge arrêtée à 1 h 45, heure de sa mort), et ses objets (pistolets de duel, bibliothèques, kakémonos japonais) illustrent la dualité de l’homme : austère républicain et esthète passionné d’art asiatique. Le lieu symbolise à la fois son retrait politique et son héritage culturel, entre Vendée natale et rayonnement national.