Origine et histoire de la Maison de Jean-Frédéric Oberlin
La maison de Jean-Frédéric Oberlin à Waldersbach, aujourd’hui transformée en musée, fut construite en 1787 comme presbytère pour ce pasteur alsacien emblématique. Située dans la haute vallée de la Bruche, elle reflète son engagement pour l’éducation, la spiritualité et le progrès social, à travers un ministère de 59 ans dans cette vallée isolée. Oberlin, collectionneur méthodique, y rassembla des objets, des herbiers, des portraits et des outils pédagogiques, préfigurant les musées modernes par sa volonté de rendre le savoir accessible aux populations rurales.
Le musée proprement dit ne fut officiellement créé qu’en 1958, après des décennies de préservation par ses descendants, notamment son gendre Philippe Louis Rauscher et son petit-fils Charles Emmanuel Witz. Les collections, dispersées entre Waldersbach, Strasbourg et le Musée alsacien, furent réunies dans un ensemble architectural rénové en 2002. Ce projet, financé par l’Europe, la région Alsace et des collectivités locales, intégra quatre bâtiments d’époques différentes, reliés par des galeries vitrées, pour offrir un parcours muséographique innovant sur 1 500 m2.
Les collections du musée illustrent la diversité des centres d’intérêt d’Oberlin : un herbier classé selon Linné (le plus ancien d’Alsace), des échantillons de bois régionaux, des jouets scientifiques du XVIIIe siècle, et des portraits familiaux inspirés de la physiognomonie. La Maison des enfants, reconstruite à l’identique en 1990, perpétue sa pédagogie active à travers des ateliers pour scolaires, attirant plus de 4 000 enfants par an. Le musée, qui accueille environ 20 000 visiteurs annuels, est aussi un lieu de colloques internationaux sur l’éducation et la spiritualité.
Oberlin y développa une approche éducative révolutionnaire, mêlant manipulation, observation et jeu, comme en témoignent les objets exposés : kaléidoscopes, automates mécaniques, ou encore un crâne annoté selon la phrénologie de Franz Joseph Gall. Son autoportrait en silhouette, accompagné de la question « Moi ? Qui ? », symbolise sa quête de connaissance de soi et d’autrui. Les jardins et la serre attenante complètent ce lieu où science, foi et pédagogie s’entrelacent, fidèle à l’esprit des Lumières.
Le musée conserve également des archives originales, comme des cartes du Ban de la Roche (dont une barrée après la Révolution), des paysages locaux, et des documents sur la création du musée. Des colloques, comme celui de 2002 sur « Utopies et pédagogies » ou de 2006 sur « Pédagogie et spiritualité », y ont réuni des chercheurs du monde entier. Aujourd’hui, le site reste un hommage vivant à ce « patriarche de l’agriculture française », dont l’héritage dépasse le cadre protestant pour inspirer l’éducation moderne.