Origine et histoire de la Maison de Pierre Loti
La maison de Pierre Loti, située au 141 rue Pierre-Loti à Rochefort, est l’ancienne demeure familiale de l’écrivain Julien Viaud (1850-1923), connu sous le pseudonyme de Pierre Loti. Né dans cette maison en 1850, il y passa son enfance avant d’y entreprendre, après 1880, des transformations spectaculaires inspirées de ses voyages en Orient et en Extrême-Orient. L’officier de marine, devenu célèbre pour des romans comme Aziyadé ou Pêcheur d’Islande, y organisa des fêtes somptueuses, invitant des personnalités comme Sarah Bernhardt, et créa des décors éclectiques : une mosquée reconstituée, un salon turc, une salle Renaissance, ou une chambre gothique ornée d’éléments issus de l’église de Marennes.
Acquise par la ville de Rochefort en 1969, la maison fut ouverte au public en 1973 comme musée municipal, bénéficiant du label « Maison des Illustres » (2012) et du classement Monument historique (1990). Fermée de 2012 à 2025 pour d’importants travaux de restauration (fondations, plafond de la mosquée, couvertures), elle a rouvert ses portes le 10 juin 2025. Les travaux, financés en partie par le Loto du patrimoine (390 000 € sur 483 000 €), ont permis de préserver les décors originaux conçus par Loti, mêlant authenticité et imagination, comme la mosquée inspirée de Damas ou le salon chinois aujourd’hui partiellement disparu.
La muséographie conserve l’esprit théâtral de Loti, avec des pièces aux ambiances contrastées : la salle Renaissance aux tapisseries flamandes, la chambre arabe aux émaux colorés, ou la sobre chambre monacale. Victime de son succès (jusqu’à 50 000 visiteurs annuels dans les années 1990), le musée a dû limiter les entrées à 20 000 par an pour préserver les lieux. Depuis 1973, il a accueilli 1,5 million de visiteurs, attirés par l’univers onirique d’un écrivain-voyageur, marin et rêveur d’Orient.
L’histoire de la maison reflète aussi les tensions entre la volonté de Loti, qui souhaitait que sa demeure ne soit pas ouverte au public, et sa postérité culturelle. À sa mort en 1923, il avait autorisé son fils à brûler ou conserver certains objets, mais la famille céda finalement l’ensemble à la ville. Aujourd’hui, le musée, géré par la municipalité, reste un témoignage unique de la vie d’un artiste hors norme, entre réalité et fiction, héritage familial et reconstruction fantasmatique.
Le jardin et la cour, également aménagés par Loti, complètent ce lieu où se mêlent souvenirs intimes et décors exotiques. La maison, propriété de la commune, est un exemple remarquable d’architecture transformée par l’imaginaire d’un créateur, où chaque pièce raconte une histoire, entre voyages lointains et nostalgie d’enfance.