Origine et histoire de la Maison des Acrobates
La maison des Acrobates, située 3 place Saint-Louis à Blois (Loir-et-Cher), est un rare exemple d’architecture civile médiévale en pans de bois. Construite vers 1470 sous le règne de Louis XI, elle se distingue par ses deux étages en encorbellement, portés par des sablières moulurées décorées de feuillages. La façade arbore des sculptures en bois représentant des personnages en poses comiques, vêtus de costumes d’époque, évoquant peut-être des acrobates ou des saltimbanques. À l’origine, en 1484, elle était nommée « maison de la Bourse des Escholiers de Bourmoyen », avant de devenir l’enseigne l’Asme Vert à la charnière des XVe et XVIe siècles.
À l’intérieur, le rez-de-chaussée conserve une imposante cheminée Renaissance en pierre à pilastres, ajoutée au 2e quart du XVIe siècle, ainsi qu’un escalier à vis en charpente, sans ouverture vers l’extérieur (sans jour). La cave, divisée par des arcs surbaissés, repose sur une colonne centrale à chapiteau cubique. Classée Monument Historique en 1922, la maison a connu des modifications au XIXe siècle, notamment la séparation de sa cour et de ses communs, aujourd’hui propriétés distinctes. Acquise par des particuliers en 2017 après cinq ans de mise en vente, elle reste un témoignage exceptionnel de la vie urbaine à Blois entre Moyen Âge et Renaissance.
Les personnages sculptés sur les consoles de la façade, aux postures excentriques, pourraient refléter l’ambiance festive des places publiques de l’époque, où se produisaient musiciens, jongleurs et acrobates. Leur costume, typique de la fin du XVe siècle, renforce l’hypothèse d’une construction contemporaine du règne de Louis XI. Les transformations ultérieures, comme l’ajout de cheminées Renaissance ou l’aménagement d’un passage cavaliers, illustrent l’évolution des usages domestiques entre le Moyen Âge et l’époque moderne.
Propriété privée depuis le XIXe siècle, la maison des Acrobates a échappé aux destructions massives du patrimoine médiéval grâce à son classement précoce. Sa localisation, face à la cathédrale Saint-Louis et à proximité de la maison de Denis Papin, en fait un élément clé du centre historique de Blois. Les restaurations successives ont préservé ses caractéristiques originales, comme la toiture en ardoise à longs pans ou les culs-de-lampe sculptés du vestibule, où deux arcs en pierre soulignent l’entrée.
Le nom « maison des Acrobates », bien que postérieur à sa construction, s’impose au XXe siècle en référence aux figures grotesques de la façade. Ces sculptures, uniques en leur genre, pourraient symboliser les divertissements populaires ou les corporations de métiers itinérants, fréquentes dans les villes marchandes comme Blois. Leur état de conservation remarquable permet aujourd’hui d’étudier les techniques de sculpture sur bois et les codes vestimentaires de la fin du Moyen Âge.
Classée parmi les premiers monuments historiques de Loir-et-Cher, cette maison incarne le patrimoine civil de la Renaissance française, souvent éclipsé par les châteaux ou édifices religieux. Son acquisition récente par des particuliers garantit sa pérennité, tout en posant la question de son accessibilité au public. Les archives mentionnent une rampe cavalière disparue, témoignant de son intégration dans un ensemble urbain plus vaste, aujourd’hui fragmenté.