Origine et histoire de la Maison des chevaliers
La Maison des Chevaliers, située à Pont-Saint-Esprit en Occitanie, est un hôtel particulier médiéval construit à partir du XIIe siècle. Initialement composée de deux petites maisons réunies vers 1190-1200, elle fut transformée en une demeure unique avec une façade sur rue. Son nom actuel provient d’une interprétation erronée du XIXe siècle, évoquant à tort un lieu de repos pour les chevaliers templiers. Les sondages archéologiques ont révélé ses origines réelles : une résidence de la famille Piolenc, négociants influents de la vallée du Rhône.
Au XIVe siècle, vers 1340, les Piolenc ajoutèrent une salle de justice royale, ornée d’une charpente décorée de blasons et de motifs fantastiques. En 1450, Guillaume de Piolenc fit construire deux salles d’apparat aux plafonds peints, dont l’une conserve encore une décoration murale géométrique. Ces espaces, exceptionnellement bien préservés, témoignent du faste de cette famille qui occupa les lieux jusqu’au XVIIIe siècle. Une campagne de restauration (1993–1995) a permis de retrouver la cohérence architecturale du bâtiment, après des divisions et mutilations aux XIXe et XXe siècles.
Classée monument historique en 1992 et acquise par le département du Gard en 1988, la maison abrite depuis 1995 le musée d’Art sacré du Gard. Ce musée laïque, gratuit depuis 2006, explore le patrimoine religieux à travers des collections variées (objets égyptiens, reliquaires médiévaux, céramiques). Il est aussi un centre de recherche, notamment sur l’ordre des Chartreux, et propose des expositions temporaires mêlant art contemporain et pièces historiques.
Les fouilles archéologiques de 1990 ont révélé des éléments clés de son évolution, comme une fosse à détritus du XIVe siècle contenant des objets du quotidien (céramiques, vaisselle luxueuse) et des monnaies. Un inventaire de 1322, issu des archives familiales, détaille les biens meubles et immeubles de la demeure. Ces découvertes, couplées à l’étude des décors peints (blasons, bestiaire), font de ce site un ensemble médiéval majeur de la basse vallée du Rhône.
L’édifice illustre quatre phases architecturales distinctes : la réunion des deux maisons primitives (XIIe siècle), l’ajout de la salle de justice (XIVe), la construction des salles d’apparat (1450), et les transformations modernes. Les plafonds peints, classés parmi les plus remarquables de la région, ainsi que la cour médiévale, offrent un témoignage rare de la vie aristocratique provençale. Le musée, labellisé « Musée de France », s’inscrit dans un réseau national dédié à l’art sacré et à la spiritualité.