Origine et histoire de la Maison des Têtes
La maison des Têtes de Metz est un hôtel particulier de style Renaissance, construit en 1529 dans la rue En Fournirue, au cœur de Metz. Elle doit son nom aux cinq têtes sculptées ornant sa façade, représentant trois hommes et deux femmes, probablement des figures locales célèbres. Ces sculptures, aujourd’hui remplacées par des copies, témoignent du faste de la bourgeoisie messine, enrichie depuis les XIIIe et XIVe siècles. Quatre des originaux sont conservés au musée de la Cour d’Or, tandis que le cinquième se trouve au musée des beaux-arts de Boston.
La construction de cette demeure fut commanditée par Jean Aubry, un orfèvre aisé, dont le beau-père, Boissard, est considéré comme un précurseur de l’archéologie locale. Les fondations, creusées en 1529, révélèrent des vestiges antiques majeurs, notamment des statues, stèles et pavés gallo-romains, issus de l’ancienne Décumani, une voie romaine stratégique reliant Reims à Strasbourg. Ces découvertes, intégrées à la décoration de la cour intérieure, furent partiellement offertes à la bibliothèque municipale en 1843 par un propriétaire ultérieur, monsieur Laporte. Un bas-relief gallo-romain, représentant des sauvages combattant des lions, orne toujours le fronton de l’entrée.
La maison illustre la transition architecturale entre les hôtels médiévaux et les résidences Renaissance, avec des étages conservant des traits des XIIe et XIVe siècles. Classée monument historique en 1929, sa façade fut remontée après les aménagements du centre Saint-Jacques. La porte d’entrée et la tourelle d’escalier arbore également un haut-relief représentant une chasse au lion, symbole de prestige. Son emplacement, près de l’oppidum gaulois Divodurum, souligne son ancrage dans l’histoire millénaire de Metz, entre héritage antique et renouveau artistique.
La maison des Têtes s’inscrit dans un contexte de rivalité ostentatoire parmi l’élite messine, qui érigeait des demeures somptueuses pour afficher sa puissance économique. La Fournirue, artère majeure depuis l’Antiquité, concentrait alors artisans, marchands et notables, bénéficiant de la position stratégique de Metz, carrefour commercial entre le royaume de France et les territoires germaniques. Les découvertes archéologiques lors de sa construction confirment l’importance historique de ce quartier, où se superposaient vestiges romains, médiévaux et renaissants.