Origine et histoire de la Maison des Têtes
La maison des Têtes est un hôtel particulier construit entre 1528 et 1532 par Antoine de Dorne, professeur à l’Université et consul de Valence, inspiré par un voyage en Italie. Ce monument emblématique du début du XVIe siècle marque la transition entre le gothique flamboyant et la Renaissance, avec une façade richement décorée de têtes sculptées (vents, Fortune, Temps) et de médaillons d’empereurs romains. Son nom provient des 50 têtes ornant ses murs, symbolisant arts, sciences et mythologie.
À l’origine, la maison appartenait à la famille de Dorne, puis passa par alliance aux Marquet à la fin du XVIe siècle, qui achevèrent sa décoration. Confisquée comme bien national en 1794 pendant la Terreur, elle fut vendue à la veuve d’un libraire, Madeleine Vernet, avant de devenir propriété de son fils, Joseph Marc Emmanuel Aurel, imprimeur en chef de l’Armée d’Égypte sous Bonaparte. La maison changea plusieurs fois de mains au XIXe siècle, jusqu’à son rachat par la ville de Valence en 1980.
Classée monument historique en 1944, la maison des Têtes a fait l’objet de restaurations majeures (1960–2018) pour préserver sa pierre fragile (molasse), combinant techniques de consolidation, ragréage et remplacement par du grès des Vosges. Aujourd’hui, elle abrite la Maison du Patrimoine (CIAP) et une exposition permanente sur l’histoire de Valence, de l’Antiquité à nos jours, avec des maquettes de monuments locaux comme la cathédrale Saint-Apollinaire.
Son architecture organise quatre corps de logis autour d’une cour carrée, conçue pour mettre en valeur la richesse du propriétaire. La façade sur rue, exubérante, contraste avec la sobriété de la cour intérieure, où un escalier à vis dessert les étages. Le corridor d’entrée, voûté d’ogives gothiques, est orné de bustes romains et de putti. Parmi les éléments remarquables, une porte sculptée (aujourd’hui au musée de Valence) représente quatre Pères de l’Église, dernière touche à ce décor qui donna son nom au bâtiment.
La maison des Têtes s’inscrit dans un réseau de bâtiments homonymes en France (Viviers, Colmar, Béziers, Metz), bien que celui de Toulon ait été détruit. Son décor, partiellement inachevé, devait initialement couvrir deux façades, comme en témoignent les têtes de vents visibles côté nord. Les restaurations récentes (2017–2018) ont bénéficié du mécénat d’entreprises locales et de la Fondation du Patrimoine, dans le cadre d’un schéma directeur de valorisation du patrimoine valentinois.