Origine et histoire de la Maison du Chamarier
La maison du Chamarier, également connue sous le nom d’hôtel d’Estaing, est située au 37 rue Saint-Jean dans le 5e arrondissement de Lyon. Elle occupe un emplacement stratégique, à l’angle de la rue de la Bombarde, au cœur du quartier médiéval. Son nom provient du latin cameriarus, désignant l’intendant des finances de l’évêque de la cathédrale Saint-Jean, chargé de percevoir les taxes lors des foires à partir du XVe siècle. La liste des chamariers, couvrant la période de 1070 à 1779, atteste de l’importance historique de cette fonction.
Les origines de l’édifice remontent au XIIIe siècle, avec une première construction adossée à la muraille épiscopale érigée sous l’épiscopat de Guichard de Pontigny (1165-1180). Cette maison initiale, bâtie sur des soubassements antiques et médiévaux, fut remaniée aux XIVe et XVe siècles avant d’être reconstruite au XVIe siècle par François d’Estaing, chamarier à partir de 1496. L’architecture mêle ainsi des vestiges médiévaux à des éléments Renaissance, comme l’escalier à vis ou la loggia à l’italienne, reflétant les évolutions stylistiques de l’époque.
Au XVIIe siècle, la maison accueille des personnalités illustres, dont la marquise de Sévigné, qui y séjourne en 1672 et 1673, invitée par Charles de Châteauneuf de Rochebonne, chamarier et beau-frère de sa fille. L’édifice, symbole du pouvoir financier et religieux lyonnais, décline au XIXe siècle avec sa transformation en logements insalubres. Sauvé en 1907 par un legs à la ville de Lyon, il est classé monument historique en 1943 et restauré grâce à l’action de l’association Renaissance du Vieux Lyon et de l’adjoint au maire Denis Trouxe.
Entre 1980 et 2015, la maison reste inoccupée malgré une restauration en 2005, en raison du coût élevé des travaux intérieurs. Un projet mené à partir de 2016, associant promoteurs immobiliers, architectes des Monuments historiques comme Didier Repellin, et institutions comme le Conservatoire national des arts et métiers, permet sa réhabilitation. Elle abrite désormais neuf logements, un Fab lab dédié au patrimoine, et deux commerces au rez-de-chaussée. La ville de Lyon, propriétaire des lieux, y perçoit un loyer annuel de 12 000 €.
L’architecture de la maison du Chamarier se distingue par des éléments remarquables, tels que l’escalier à vis médiéval, le cabinet de travail de François d’Estaing, une loggia ornée de peintures du XVIe siècle, et un puits Renaissance attribué à Philibert Delorme. Ces caractéristiques en font un rare exemple de maison civile Renaissance, témoignant de l’opulence des élites lyonnaises de l’époque. Deux espaces publics y sont aujourd’hui accessibles : un atelier équipé d’imprimantes 3D pour modéliser les monuments lyonnais, et un hall présentant l’évolution historique du bâtiment via une maquette et une tablette interactive.