Origine et histoire de la Maison forte de Reignac
La maison forte de Reignac est un château-falaise exceptionnel, dernier exemple intact en France, situé à Tursac en Dordogne. Implanté à flanc de falaise sur la rive gauche de la Vézère, ce site stratégique a été occupé dès le Paléolithique supérieur, comme en témoignent les silex taillés du Magdalénien découverts en 1952. Les fouilles ont révélé une occupation continue jusqu’à l’âge du fer (Hallstatt final), avec des traces d’habitats troglodytiques réaménagés au Moyen Âge.
Mentionnée pour la première fois en 1386 sous le nom de Rinhacum (propriété de Rénius), la maison forte est construite durant la guerre de Cent Ans comme refuge contre les pillards. Son seigneur, Jaquemet de Reignac, connu pour sa cruauté, exerce alors la basse justice sous l’autorité de la cité troglodytique voisine de la Roque Saint-Christophe. Au XIVe siècle, les anciens abris préhistoriques sont déblayés et la façade élevée, exploitant la topographie pour une défense optimale : à 40 mètres de haut, l’accès n’est possible que de face.
Au début du XVIe siècle (1508), des ouvertures sont percées dans la façade, marquant l’adaptation de l’architecture à l’arrivée des armes à feu. Les fortifications (bretèche, assommoirs, canonnières) sont renforcées, reflétant les tensions des guerres de la Ligue. Une inscription latine de 1667 (INMOTA MANEBIT, « elle demeurera inchangée ») sur une porte atteste de remaniements ultérieurs. Le bâtiment, long de 25 mètres, combine pierre de taille et petit appareil, avec 19 fenêtres dont certaines à meneaux.
Habitée jusqu’en 1931, la maison forte accueille en 1915 les peintres japonais Foujita et Kawashima, invités par le comte Alphonse Claret de Fleurieu. Foujita y réside jusqu’en février 1916 avant de rejoindre le château de Marzac. Classée monument historique en 1964 (façades et toitures) puis en 1966 (gisement préhistorique), elle est ouverte au public depuis 2006. Son intérieur, creusé dans la falaise, révèle des espaces seigneuriaux (salle d’honneur, chapelle, cachot) organisés selon le modèle carolingien (aula, capella, camera).
Le site est aussi lié à des légendes, comme celle de Jaquemet de Reignac, surnommé le « bouc de Reignac » pour sa cruauté, évoqué dans Jacquou le Croquant d’Eugène Le Roy. Au XXIe siècle, la maison forte attire 65 000 visiteurs annuels (2022), mêlant patrimoine historique, expositions préhistoriques et folklore paranormal.