Origine et histoire de la Maison Mantin
La maison Mantin est une demeure bourgeoise construite entre 1894 et 1897 à Moulins, dans l’Allier, sur l’emplacement d’un ancien palais ducal incendié en 1755. Commandée par Louis Mantin, riche héritier d’une dynastie de fabricants de meubles, elle fut conçue par les architectes René-Justin Moreau et son père, Jean-Bélisaire Moreau. Son style éclectique mêle villa balnéaire et castel médiéval, avec des intérieurs ornés de boiseries, vitraux Art nouveau, et cuirs de Cordoue.
Léguée à la ville de Moulins en 1905, la maison devait selon le testament de Mantin « témoigner du mode de vie d’un bourgeois de la fin du XIXe siècle ». Ouverte au public en 1910 comme musée, elle ferma pendant l’entre-deux-guerres pour des raisons de conservation, avant d’être restaurée et rouverte en 2010. Le bâtiment intègre des innovations pour l’époque : éclairage électrique, eau courante chaude et froide, chauffage central, et une salle de bain ultra-moderne avec chauffe-serviette encastré.
Le rez-de-chaussée comprend un salon aux meubles XVIIIe siècle, un bureau aux boiseries Renaissance, et une entrée décorée de motifs cynégétiques. Le premier étage abrite les chambres, dont celle de Louise Alaise, compagne de Mantin, ornée de peintures « quatre saisons », et celle de Mantin lui-même, tapissée de cuirs dorés aux scènes mythologiques. Le deuxième étage est dédié à un cabinet de curiosités, reflétant ses passions pour l’archéologie, les objets exotiques, et les sciences.
Louis Mantin (1851–1905), ancien avocat et haut fonctionnaire, consacra sa fortune à cette demeure-musée après avoir hérité de l’entreprise familiale. Sans descendance, il légua la maison à la ville avec ses collections, ses domestiques (mentionnés dans son testament), et des instructions précises pour sa préservation. Le legs incluait aussi des dons pour ses serviteurs, comme le jardinier Jean Simonnet ou la lingère Marie Maurillon.
Classée Monument Historique en 1986 pour ses façades, toitures, et décors intérieurs (salle à manger, cabinet de travail, chambres, salle de bain), la maison Mantin illustre l’idéal bourgeois de la Belle Époque : confort moderne, collectionnisme, et volonté de postérité. Son architecture et ses aménagements en font un spécimen rare de villa éclectique, entre tradition Renaissance et innovations techniques.
Aujourd’hui, la visite guidée de la maison (accès commun avec le musée Anne-de-Beaujeu) permet de découvrir son mobilier d’origine, ses 2 000 m2 de jardins, et ses systèmes techniques pionniers. Le site met en lumière le rôle des bourgeois collectionneurs dans la constitution du patrimoine local, ainsi que l’évolution des modes de vie au tournant du XXe siècle.