Origine et histoire de la Maison natale de Jeanne d'Arc
La maison natale de Jeanne d'Arc, située à Domrémy-la-Pucelle dans les Vosges (Grand Est), est une demeure médiévale du XVe siècle identifiée comme le lieu de naissance de Jeanne d'Arc vers 1412. Elle y passa son enfance et y entendit, selon ses témoignages lors de son procès, ses premières voix célestes à l’âge de 13 ans. La maison, propriété de Jacques d’Arc, paysan aisé, reflète par son architecture (étage, matériaux, inscription « VIVE LABEUR ») le statut social ascendant de sa famille.
Classée monument historique en 1840 — première en France pour son propriétaire plutôt que son architecture —, la maison fut restaurée au XIXe siècle après des siècles de modifications et d’abandon. Elle abritait initialement quatre pièces au rez-de-chaussée, avec des éléments typiques (cheminée, fenêtres à meneaux, toit en tuiles). Acquise par le Conseil général des Vosges en 1818, elle fut mise en valeur par l’ingénieur Jollois, qui détruisit les constructions adjacentes pour créer un jardin arboré.
Le site est marqué par des ajouts symboliques : une statue de Jeanne en armure (1839), copie d’une œuvre du XVIe siècle, trône au-dessus de la porte, tandis qu’une fontaine néoclassique ornée d’un buste de l’héroïne, commandée par Louis XVIII, fut érigée sur une place voisine. La maison, labellisée Maisons des Illustres, attire dès le XVIe siècle des visiteurs comme Montaigne (1580) ou l’historien Dom Calmet, témoignant de son rayonnement culturel et religieux.
Après la famille d’Arc, la maison changea plusieurs fois de mains : achetée en 1586 par Louise de Stainville, comtesse de Salm, elle devint une dépendance agricole au XVIIIe siècle sous la famille Gérardin, avant d’être sauvée de la ruine par son rachat public. Son histoire reflète aussi les conflits locaux, comme l’arrestation en 1870 de l’écrivain allemand Theodor Fontane, suspecté d’espionnage pendant la guerre franco-prussienne.
La maison inspire les arts depuis des siècles : représentée dans des tableaux (Bastien-Lepage, 1879 ; Tanner, 1918), évoquée en poésie (Lebrun, 1815), et même reproduite en miniature au Parc Alsace Lorraine. Son authenticité, confirmée par les descriptions de Jeanne lors de son procès, en fait un lieu central de la mémoire johannique, lié à des sites voisins comme la basilique du Bois-Chenu ou l’église Saint-Rémy.
Aujourd’hui propriété du département des Vosges, la maison offre un espace muséographique retraçant la vie de Jeanne et son contexte historique. Son classement précoce et sa préservation illustrent l’importance patrimoniale de ce modeste édifice rural, transformé en symbole national par l’histoire de sa plus illustre occupante.