La maison située 45 rue Gambetta à Condé-sur-l'Escaut est un exemple typique d’architecture urbaine du 4e quart du XVIIIe siècle, marqué par une façade en pierre calcaire grise entièrement composée d’éléments monolithes. Ces blocs, assemblés en poteaux verticaux ou horizontaux, forment une structure unique où chaque élément correspond à une pièce de pierre distincte, doublée intérieurement par une maçonnerie de briques. Les trumeaux reposent sur des joints de plomb au rez-de-chaussée, tandis que les baies sont surmontées d’arcs segmentaires. Une date gravée (1785) et une ancre sculptée sur l’allège centrale suggèrent un commanditaire lié à la batellerie, activité florissante à Condé à cette époque.
L’édifice s’organise en profondeur avec un corps principal en front-à-rue, suivi d’une cour (aujourd’hui couverte) et d’un second bâtiment en fond de parcelle. Le sous-sol comprend deux salles voûtées en berceau, tandis que le rez-de-chaussée présente des voûtes « à la picarde » (briques parallèles retombant sur des solives). L’étage de comble, éclairé par une lucarne en pierre, est coiffé d’une toiture à longs pans couverte de tuiles flamandes. La façade, sobre et minérale, était autrefois adoucie par des volets en bois et des menuiseries à petits-bois, visibles sur des archives photographiques de 1969. La maison, aujourd’hui propriété privée abritant un laboratoire médical, a vu ses façades et toitures inscrites aux Monuments Historiques en 2007.
La particularité constructive de cette demeure réside dans l’assemblage de pierres monolithes en façade, accrochées à une ossature de briques invisible. Ce système, rare pour l’époque, contraste avec les maisons traditionnelles de la région. L’ancre sculptée et la date de 1785 soulignent le lien du propriétaire (non identifié) avec le commerce fluvial, secteur économique dominant à Condé-sur-l’Escaut au XVIIIe siècle. Les traces d’outils visibles sur le soubassement et la modénature discrète (agafe des clefs d’arcs) témoignent d’un savoir-faire artisanal soigné, caractéristique des demeures de notables locaux.
À l’arrière, la façade donnant sur la cour couverte est aujourd’hui enduite, tandis que le bâtiment en fond de parcelle conserve un plafond à poutres et solives. La transformation en laboratoire a modifié certains aménagements intérieurs, comme la suppression du plafond suspendu sous les voûtes picardes. Malgré ces adaptations, la maison reste un témoignage architectural remarquable, illustrant à la fois les techniques constructives de l’époque et l’influence économique de la batellerie sur le patrimoine urbain de la région.
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