Origine et histoire de la Maison presbytérale
La maison presbytérale de Lagrasse, située dans le département de l’Aude en Occitanie, est un édifice du XVe siècle dont l’histoire est marquée par des transformations majeures. Initialement composée de trois maisons élémentaires datant de la fin du XIIIe ou du début du XIVe siècle, elle fut regroupée et profondément remaniée entre 1491 et 1492, comme en témoignent les armoiries peintes sur ses plafonds, notamment celles de Charles VIII et Anne de Bretagne, ainsi que celles du pape Innocent VIII. Ces éléments permettent de dater précisément cette phase de rénovation, qui en fit un petit hôtel particulier décoré de plafonds à caissons et à poutres peints, illustrant des scènes profanes et religieuses.
Les plafonds, situés au rez-de-chaussée et au premier étage, sont ornés de motifs variés : végétaux, animaux, saynètes satiriques (comme un âne menant un homme), et des représentations de moines et de prostituées. Les armes héraldiques, dont celles de l’abbé Pierre d’Abzac de la Douze (1465-1501), confirment son lien avec l’abbaye locale. La maison, mitoyenne de l’église Saint-Michel, devint le presbytère à partir des années 1620, après avoir appartenu à des particuliers comme Bonet Boutet en 1457. Elle perdit cette fonction en 2000 et abrite aujourd’hui la Maison du Patrimoine du village, dédiée aux plafonds peints médiévaux.
L’édifice a fait l’objet de plusieurs protections au titre des monuments historiques : inscription partielle en 1948 (porte et plafond peint), classement des plafonds en 1954, puis inscription et classement complets de la maison, de sa cour et de ses murs en 2016 et 2020. Des diagnostics archéologiques menés en 2015 ont révélé des éléments architecturaux originels, comme une porte en grès du XVe siècle et des baies bouchées, ainsi que des traces de remaniements majeurs à la fin du XIXe siècle, incluant la reconstruction du mur nord et la modification des circulations intérieures. Ces travaux ont effacé une partie de l’organisation médiévale, tout en préservant les décors peints exceptionnels.
La maison se distingue par l’absence de marques de marchands sur ses plafonds, contrairement à d’autres édifices contemporains de Lagrasse. Les scènes peintes, comme celle d’un moine et d’une femme nus dans une étuve, reflètent une iconographie audacieuse pour l’époque. Les armes de la ville d’Anvers et des lévriers, retrouvées aussi dans une autre maison du bourg (11 place de la Halle), suggèrent des échanges culturels ou artistiques entre Lagrasse et d’autres régions. Malgré des démontages et remontages présumés des plafonds, leur état actuel permet une étude fine de la vie quotidienne et des mentalités à la fin du Moyen Âge.
Le bâtiment, propriété communale depuis le XXe siècle, illustre l’évolution des usages des espaces urbains médiévaux. Son histoire reflète aussi les tensions entre pouvoir ecclésiastique et communauté locale, comme en témoigne le conflit de 1650 entre les habitants et le curé Jean Neret, dénonçant la truie grande ruyne de la maison. Les transformations du XIXe siècle, bien que destructrices pour certaines parties anciennes, ont permis sa conservation jusqu’à aujourd’hui, où elle sert de lieu d’exposition et de valorisation du patrimoine languedocien.