Origine et histoire de la Maison royale de Saint-Louis
La Maison royale de Saint‑Louis, fondée à Saint‑Cyr (actuelle Saint‑Cyr‑l'École) par lettres patentes de Louis XIV le 15 juin 1686 à l'initiative de Madame de Maintenon, était un pensionnat destiné aux jeunes filles de la noblesse appauvrie et a marqué une évolution de l'éducation féminine sous l'Ancien Régime. Après des débuts à Rueil puis à Noisy‑le‑Roi, le roi attribua et fit aménager le domaine de Saint‑Cyr; les lettres patentes de juin 1686 officialisèrent la fondation et les premières pensionnaires firent leur entrée à l'été 1686. Madame de Maintenon, elle‑même issue d'une noblesse ruinée et forte d'une expérience d'éducatrice, voulut assurer aux filles de la petite noblesse une instruction plus complète que celle alors dispensée en couvent. L'admission, réservée aux filles de gentilshommes ruinés ou morts au service de l'État, était décidée par le roi après vérification de la noblesse des familles sur plusieurs générations. La maison pouvait recevoir 250 pensionnaires encadrées par un important personnel religieux et laïc : Dames éducatrices, sœurs converses, prêtres et employés. Les élèves, de sept à vingt ans, étaient réparties en quatre classes d'âge et portaient une robe d'étamine brune ornée de rubans de couleur indiquant leur rang ; chaque classe disposait de sa salle et d'un mobilier simple. Le règlement précisait des objectifs mêlant instruction religieuse, morale et pratiques domestiques ainsi que l'apprentissage de la lecture, de l'écriture, du calcul et, pour les plus âgées, des arts tels que le dessin, la musique, la danse et le théâtre. La journée était strictement organisée autour des prières, des cours et des travaux ; l'aide aux tâches domestiques faisait partie de la formation et la discipline était rigoureuse, avec des visites familiales limitées. Pour compléter la formation des futures éducatrices, les pensionnaires pouvaient suivre un noviciat pédagogique avant d'entrer dans le personnel de l'institution. Les bâtiments, dessinés par Jules Hardouin‑Mansart selon un plan en U et complétés par une chapelle, regroupaient salles de classe, dortoirs et espaces de service, l'infirmerie étant isolée pour limiter les contagions. Les premières représentations théâtrales, dont Esther de Racine donnée en 1689 et soutenue par des musiciens royaux, provoquèrent un vif retentissement et des critiques ; la controverse sur le théâtre et la discipline amena un durcissement des règles et la transformation de la maison en couvent à la fin des années 1690, les éducatrices devant alors prononcer des vœux ou quitter l'établissement. Madame de Maintenon se retira ensuite à Saint‑Cyr et y fut inhumée après sa mort en 1719. Au cours du XVIIIe siècle l'établissement perdit de son prestige et fut critiqué, puis la Révolution remettant en cause ses fondements provoqua son déclin : l'admission fut ouverte aux non‑nobles en 1790, sa fermeture fut décrétée en 1792 et elle cessa de fonctionner en mars 1793. Les locaux furent transformés en hôpital militaire à partir de 1793, puis accueillirent, sur ordre de Napoléon I er en 1808, l'École spéciale militaire qui y demeura jusqu'à la Seconde Guerre mondiale; restaurés depuis la seconde moitié du XXe siècle, les bâtiments abritent aujourd'hui le lycée militaire de Saint‑Cyr. La Maison royale a inspiré d'autres institutions d'éducation féminine et servi de modèle à la création ultérieure de maisons d'éducation sous l'Empire et à l'étranger. Parmi les anciennes pensionnaires figurent notamment Marthe‑Marguerite Le Valois de Villette de Mursay, Louise de Maisonblanche et Élisa Bonaparte.