Origine et histoire des Maisons fortes romanes
Les maisons romanes de Mont-de-Marsan, chef-lieu des Landes en Nouvelle-Aquitaine, datent de la deuxième moitié du XIIe siècle. Bâties peu après la fondation de la ville par le vicomte Pierre de Marsan (entre 1133 et 1141), elles illustrent l’architecture défensive civile médiévale. Quatre d’entre elles subsistent : deux rue Maubec (dont une inscrite aux Monuments historiques en 1929) et deux rue Lacataye, proches du donjon éponyme. Leur construction en pierre coquillière, matériaux local typique, et leur intégration partielle aux remparts soulignent leur rôle dans le système défensif de la cité, notamment côté Douze.
La maison du 6 rue Maubec, inscrite en 1929, se distingue par ses deux murs parallèles épais de 90 cm, distants de 2 mètres, renforçant sa fonction militaire. À proximité, la maison du 24 bis rue Maubec, classée partiellement en 1984 pour ses peintures murales gothiques (XIVe–XVe siècles) – losanges, fleurs de lys, et une frise de musiciens –, suggère un usage noble avant de devenir grenier (XVIIe) puis magasin (XIXe). Acquise par la commune en 1981, elle conserve des traces de son passé héraldique, aujourd’hui quasi effacées.
Les deux autres maisons, rue Lacataye, datent également du XIIe siècle. Leur localisation près du donjon Lacataye – un ensemble du XIVe siècle aux fonctions d’observation et de refuge – renforce l’hypothèse d’un quartier à vocation défensive. Ce donjon, inscrit en 1942, tire son nom de l’espagnol castar (« surveiller »), évoquant son rôle stratégique. Les arceaux (passages couverts à colombage du XIIIe) et la maison de l’éclusier (XVe), munie d’archères canonnières, complètent ce patrimoine médiéval lié à la gestion hydraulique et commerciale de la ville.
Ces édifices reflètent l’évolution urbaine de Mont-de-Marsan, depuis sa fondation vicomtale jusqu’à son extension au bourg de la Grande Fontaine (XIIIe). Les matériaux (pierre coquillière) et techniques (encorbellements, meurtrières) témoignent des savoir-faire locaux, tandis que les décors intérieurs rares – comme les fresques du 24 bis rue Maubec – révèlent une stratification sociale où noblesse et activités marchandes cohabitaient. Leur préservation, malgré des usages ultérieurs profanes, souligne leur valeur patrimoniale reconnue dès le XXe siècle.
Les protections successives (1929, 1942, 1984) ont permis de sauvegarder ces vestiges, bien que certains éléments (peintures, structures défensives) soient aujourd’hui fragilisés. La maison de l’éclusier, inscrite en 1942, illustre par exemple le contrôle des flux d’eau via le Midou et la Douze, essentiel pour les fossés et les moulins. Ces maisons fortes, à mi-chemin entre habitat et fortification, incarnent ainsi la dualité civile et militaire des cités médiévales du Sud-Ouest.