Frise chronologique
1297
Première mention d'un juif à Draguignan
Première mention d'un juif à Draguignan
1297 (≈ 1297)
Acte écrit attestant une présence juive.
1313
Restrictions professionnelles
Restrictions professionnelles
1313 (≈ 1313)
Interdiction d’exercer médecine ou fonction publique.
1363
Port obligatoire de la rouelle
Port obligatoire de la rouelle
1363 (≈ 1363)
Signe distinctif imposé aux juifs.
1383
Création de la potence juive
Création de la potence juive
1383 (≈ 1383)
*Las forcas dels Jusieus* mentionnée.
1489–1501
Expulsion des juifs
Expulsion des juifs
1489–1501 (≈ 1495)
Édit de Charles VIII entraînant leur départ.
1996
Protection des maisons
Protection des maisons
1996 (≈ 1996)
Inscription à l’inventaire des Monuments Historiques.
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui (≈ 2025)
Position de référence.
Patrimoine classé
Deux maisons (le numéro 16 ayant son entrée 23, Grande-Rue) (cad. AB 112, 113, 115, 117) : inscription par arrêté du 17 juillet 1996
Personnages clés
| Isaac Ben Abraham ha-Gorni - Poète et écrivain itinérant |
Critiqua la communauté dans ses poèmes. |
| Salomon Bendes - Médecin (*Physicus*) |
Traita une épidémie, récompensé par la ville. |
| Boniface de Trans - Médecin converti |
Devenu consul après sa conversion en 1501. |
| Régine Abram (Catherine Sicolle) - Fille de marchand convertie |
Dotée de 2000 florins et d’un manuscrit. |
Origine et histoire
Les maisons médiévales de Draguignan, situées dans le quartier historique de la Juiverie, datent principalement des XIIIe et XIVe siècles. Elles formaient un ensemble de 50 habitations entre la porte d’Orange et la rue du Portalet, intégrées à l’enceinte urbaine. Ces maisons, probablement occupées par des marchands ou artisans, furent modifiées au XVIe siècle, avec des divisions internes. Certaines conservent des fresques, bien que leur attribution à une synagogue soit contestée : il s’agirait plutôt de maisons romanes aux décors interdits par le culte israélite.
La Juiverie de Draguignan abritait une communauté juive active, comptant jusqu’à 225 membres au Moyen Âge. Le quartier comprenait des infrastructures collectives comme un puits (1380), un four (1412), une boucherie (1374), et un passage secret (Courroua Trouca, 1430) menant au cimetière juif de Blancon. Une potence réservée aux juifs, Las forcas dels Jusieus, fut mentionnée dès 1383 sur le versant nord-ouest du col de l’Ange. Ces éléments illustrent à la fois l’autonomie et la ségrégation de la communauté.
L’histoire de ce quartier est marquée par des périodes de restrictions et d’expulsions. Dès 1313, l’évêché de Fréjus imposa des limites professionnelles aux juifs, suivies en 1363 par l’obligation de porter la rouelle. En 1489–1501, l’édit de Charles VIII entraîna leur expulsion définitive, bien que certains, comme le médecin Boniface de Trans, aient pu rester après conversion. Les maisons, aujourd’hui partiellement protégées (inscrites en 1996), rappellent ce passé complexe, entre intégration économique et marginalisation sociale.
Parmi les figures notables, Isaac Ben Abraham ha-Gorni, poète itinérant du XIIIe siècle, critiqua vivement la communauté dans ses écrits, tandis que Salomon Bendes, médecin, fut récompensé pour son rôle lors d’une épidémie. Régine Abram, convertie sous le nom de Catherine Sicolle, illustre les stratégies d’adaptation des juifs face aux persécutions. Ces récits individuels éclairent les dynamiques culturelles et religieuses du quartier, entre tradition et assimilation forcée.
Les sources archéologiques et textuelles soulignent l’importance de la Juiverie dans l’histoire urbaine de Draguignan. Les maisons, bien que transformées, conservent des traces de leur fonction originale, comme les fresques ou les structures collectives. Leur étude permet de reconstituer partiellement la vie quotidienne d’une communauté juive provençale, entre prospérité économique et contraintes légales croissantes jusqu’à son déclin au tournant du XVIe siècle.