Origine et histoire de la Maladrerie Saint-Lazare
La maladrerie Saint-Lazare de Beauvais est une ancienne léproserie fondée au XIIe siècle, mentionnée pour la première fois en 1131 via un acte de donation. Elle était l’une des onze maladreries du diocèse de Beauvais, mais la seule à avoir subsisté jusqu’à aujourd’hui. Ce site, classé monument historique depuis 1939, illustre l’organisation médiévale des soins aux lépreux, avec des espaces distincts pour les malades et les soignants.
Jusqu’au XVIIIe siècle, la maladrerie servait d’asile pour les lépreux, dont la vie était strictement réglementée. Les malades, déclarés « socialement morts » lors d’une cérémonie, y recevaient nourriture, vêtements et soins. La richesse du site provenait des dons des malades, des legs, et des privilèges religieux, comme l’exemption d’impôts. À partir du XVIe siècle, elle accueillit aussi des pestiférés et des indigents, élargissant sa vocation caritative.
À la Révolution, la maladrerie fut vendue comme bien national et transformée en exploitation agricole, ce qui préserva ses bâtiments de la destruction. Au XIXe siècle, elle attira l’attention des historiens, comme le Dr Eugène Woillez, conduisant à un premier classement en 1862, puis à des restaurations majeures aux XXe et XXIe siècles. Aujourd’hui, le site, racheté par la ville de Beauvais en 2002, abrite un centre culturel et des jardins médiévaux.
L’architecture de la maladrerie comprend une chapelle romane du XIIe siècle, une grange du XIIIe siècle (charpente datée de 1219-1220), et des espaces cloisonnés : la cour des malades, celle des soignants, et la ferme. La grange, longue de 44 mètres, est l’une des mieux conservées du nord de la France. Les graffitis sur ses murs témoignent de huit siècles d’histoire.
Classée et inscrite aux monuments historiques (1939 pour les bâtiments principaux, 1989 pour l’enceinte et les sols), la maladrerie a bénéficié de restaurations depuis les années 1980. Son clocher, effondré en 1939, a été partiellement reconstruit. Aujourd’hui, le site propose des expositions, concerts, et ateliers, tout en préservant son patrimoine architectural et ses jardins médiévaux, cultivés sans produits chimiques.