Frise chronologique
1006
Donation de la terre
Donation de la terre
1006 (≈ 1006)
Terre donnée à l’abbaye de Fécamp.
1170
Assassinat de Thomas Becket
Assassinat de Thomas Becket
1170 (≈ 1170)
Inspire la dédicace de la chapelle.
1173-1180
Construction de la chapelle
Construction de la chapelle
1173-1180 (≈ 1177)
Datation par analyse architecturale.
XVIe siècle
Transformation en prieuré
Transformation en prieuré
XVIe siècle (≈ 1650)
Dépendance de l’abbaye de Fécamp.
1717
Chapelle frappée d’interdit
Chapelle frappée d’interdit
1717 (≈ 1717)
État de délabrement avancé.
1981
Redécouverte du site
Redécouverte du site
1981 (≈ 1981)
Terrassement et déboisement.
1993
Inscription aux monuments historiques
Inscription aux monuments historiques
1993 (≈ 1993)
Protection des vestiges et de l’enclos.
1984-2010
Fouilles archéologiques
Fouilles archéologiques
1984-2010 (≈ 1997)
13 campagnes de fouilles programmées.
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui (≈ 2025)
Position de référence.
Patrimoine classé
Vestiges visibles ou enfouis de la chapelle et de la maladrerie, y compris la mare et l'enclos (cad. AB 19, 20) : inscription par arrêté du 20 septembre 1993
Personnages clés
| Thomas Becket - Archevêque de Cantorbéry |
Dédicataire de la chapelle, assassiné en 1170. |
| Henri II - Roi d’Angleterre et duc de Normandie |
Commanditaire indirect de l’assassinat de Becket. |
| Moines de l’abbaye de Fécamp - Fondateurs de la maladrerie |
Propriétaires des terres depuis 1006. |
| Rémi Legros - Archéologue |
Dirige les premières fouilles en 1984. |
| Louis XIV - Roi de France |
Ordonnance de 1693 sur les léproseries. |
Origine et histoire
La maladrerie Saint-Thomas-Becket d’Aizier, située dans le département de l’Eure en Normandie, est une léproserie fondée au début du XIIe siècle par les moines de l’abbaye de Fécamp. Implantée sur une terre donnée en 1006, elle accueille les lépreux et comprend une chapelle dédiée à saint Thomas Becket, archevêque de Cantorbéry assassiné en 1170. La chapelle, datée entre 1173 et 1180 grâce à des éléments architecturaux et historiques, devient un lieu de dévotion important.
Les mentions écrites de la maladrerie restent rares avant le XVe siècle, mais des textes des XVIe et XVIIe siècles attestent de son déclin progressif. Au XVIe siècle, le site se transforme en prieuré dépendant de Fécamp, bien que les prieurs l’aient peu occupé. La chapelle, en ruine dès le XVIIe siècle, est frappée d’interdit en 1717 mais reste un lieu de pèlerinage. À la Révolution, elle est vendue comme bien national et tombe en désuétude, recouverte par la végétation.
Redécouverte en 1981, la maladrerie fait l’objet de fouilles archéologiques entre 1984 et 2010, révélant un enclos fossile, un cimetière de plus de 220 sépultures, des bâtiments d’habitation et une mare pavée. Les vestiges, incluant la chapelle, l’enclos et la mare, sont inscrits aux monuments historiques en 1993. Aujourd’hui propriété privée, le site est ouvert au public et propose un parcours d’interprétation pour découvrir son histoire.
L’architecture de la maladrerie reflète son organisation médiévale : un enclos délimité par un fossé et un talus, une chapelle romane à nef unique, des bâtiments hospitaliers des XIIIe–XVe siècles remplacés par des maisons à pans de bois, et deux cimetières (nord et sud) organisés selon des critères sociaux ou familiaux. Les sépultures, souvent en coffrages de bois, révèlent des traces de lèpre, confirmant la vocation initiale du site.
La chapelle, de plan asymétrique, présente des murs en silex et calcaire, avec des contreforts et des baies romanes. Son chœur et sa nef, partiellement ravagés par un incendie à la fin du Moyen Âge, abritaient trois autels. Les fouilles ont aussi mis au jour des pratiques funéraires rigoureuses, comme le ramassage des os lors de recoupements de tombes, suggérant un respect des défunts et une gestion pérenne de l’espace sépulcral.
Aujourd’hui, la maladrerie reste un lieu de mémoire et de dévotion. Les visiteurs peuvent y observer les vestiges archéologiques et participer à des promenades guidées. La chapelle, bien que ruinée, attire encore des pèlerins, notamment des amoureux venant y nouer des branches de houx ou de noisetier, perpétuant une tradition liée à la durabilité des liens affectifs.