Origine et histoire de la Malouinière de la Chipaudière
La malouinière de la Chipaudière, aussi appelée château de la Chipaudière, est l’une des plus imposantes malouinières de Saint-Malo, ces résidences de plaisance bâties par les armateurs de la cité corsaire au XVIIIe siècle. Située à Paramé (aujourd’hui intégré à Saint-Malo), elle fut construite entre 1710 et 1720 sous la supervision de François-Auguste Magon de la Lande, armateur, corsaire sous Louis XIV et directeur de la Compagnie des Indes orientales. Ce monument incarne la puissance économique de Saint-Malo à son apogée, mêlant fastes architecturaux et héritage maritime.
La propriété appartenait initialement à la famille Pépin au XVe siècle, avant d’être transformée en un château de style classique orné d’un fronton aux armes des Magon, couronné d’une couronne de marquis. La chapelle, bénite en 1735, abrite un autel en bois sculpté et un campanile, tandis que les communs, datant du XVIIe siècle, affichent des gerbières aux frontons alternativement arrondis et triangulaires. Le domaine s’étend sur 4 hectares, avec un jardin à la française attribué à Le Nôtre, organisé en trois terrasses menant à un miroir d’eau bordé de tilleuls centenaires.
La malouinière resta dans la famille Magon jusqu’à la Révolution, passant notamment à Nicolas Auguste Magon de la Lande (guillotiné en 1794) puis à sa veuve, avant d’être transmise par héritage aux Besnier, puis au général Magon de la Giclais au XXe siècle. Classée monument historique en 1982 pour ses façades, toitures, décors intérieurs (boiseries, cuir de Cordoue, toiles de Jouy) et son jardin, elle reste une propriété privée ouverte à la visite, témoin de l’histoire maritime et aristocratique de la Bretagne.
L’intérieur conserve des éléments remarquables comme une salle à manger ornée de marbre de Carrare et de chêne de Norvège, un bureau tendu de toiles de Jouy, et des chambres aux lambris de chêne de Hollande. La chapelle, fondée en 1672 pour une messe hebdomadaire avant d’être transférée à la Chipaudière, porte les armoiries des Magon et de la seigneurie de La Lande. Ce lieu illustre aussi les liens entre pouvoir économique, religion et noblesse d’Ancien Régime, à travers sa fondation et ses décorations héraldiques.
Le site, isolé par de hauts murs, reflète le statut social de ses propriétaires : un portail monumental et une rabine marquent l’entrée du domaine, soulignant la distinction entre l’espace seigneurial et le monde rural environnant. La malouinière de la Chipaudière, avec son architecture symétrique et ses dépendances (colombier, orangerie), incarne ainsi l’alliance entre luxe, fonctionnalité et symbolisme, caractéristique des élites malouines du XVIIIe siècle.