Origine et histoire de la Malouinière de la Ville Bague
La malouinière de la Ville Bague, située à Saint-Coulomb en Ille-et-Vilaine, fut construite en 1715 par Guillaume Éon, neveu de Julien Éon, une famille de riches négociants malouins. Le domaine remplaça un manoir plus modeste du XVIIe siècle, dont subsistent le colombier, la chapelle (1690) et les murs. Propriété des familles Éon, Magon de la Chipaudière, puis Penfentenyo de Cheffontaines, elle fut abandonnée pendant la Révolution avant d’être restaurée au XIXe siècle.
La chapelle Sainte-Sophie, construite en 1690 par Julien Éon et consacrée en 1695, est semi-enclose avec deux entrées : une pour la famille, une pour les villageois. Dégradée au XXe siècle (utilisée comme remise à pommes de terre), elle fut restaurée par les Bâtiments de France, conservant son plafond en coque de navire inversée et son retable du XVIIIe siècle.
Le colombier, initialement une orangerie, fut surélevé en 1715 après l’anoblissement de Guillaume Éon, avec 320 boulins (symboles de noblesse). Le parc, ravagé par des tornades en 1987 et 1999, fut restauré par Jacques et Madeleine Chauveau (propriétaires depuis 1975), qui redonnèrent aussi son éclat à la malouinière, classée Monument Historique en 1981.
Le grand salon abrite un papier peint panoramique exceptionnel (1820, Manufacture Dufour et Leroy), représentant L’Arrivée de Pizarre chez les Incas. Commandé par le marquis de Cheffontaines à son retour d’exil, ce papier rabouté, restauré par les Beaux-Arts, est classé Monument Historique. Vendue en 1972, l’œuvre fut rachetée en 1976 et réinstallée.
La malouinière illustre l’âge d’or des armateurs malouins, avec un mobilier d’époque incluant des armes de corsaires. Les façades, toitures, bureau, salon, chapelle, colombier et puits sont protégés depuis 1981. Le parc de 4 hectares, ceint de murs, mêle traces des jardins à la française (XVIIIe) et aménagement paysager du XIXe, inscrit en 1992.
Aujourd’hui propriété privée visitable sur rendez-vous, la Ville Bague témoigne du patrimoine maritime breton, alliant architecture noble, histoire familiale et art décoratif rare.