Origine et histoire de la Manécanterie
La Manécanterie de Lyon, située dans le quartier Saint-Jean, est accolée à la cathédrale du même nom et faisait partie de son ancien cloître. Initialement construite comme lieu de vie commune pour les chanoines vers l’an 800 sous l’impulsion de l’archevêque Leidrade, elle est mentionnée dans une lettre adressée à Charlemagne. Cet édifice, dont les fondations reposent sur des vestiges des IIe et VIIIe siècles, est considéré comme le plus ancien bâtiment lyonnais après les constructions romaines. Son arc monumental sud, contemporain de la lettre de Leidrade, abritait le réfectoire des chanoines durant toute la période romane.
Au XIIe siècle, la façade ouest, de style roman, est enrichie de sculptures mêlant influences gothiques, romanes et byzantines. La porte ouest présente un décor similaire à celui de l’abside de la basilique Saint-Martin d’Ainay. Pendant le bas Moyen Âge et l’époque moderne, le bâtiment subit des transformations majeures, comme la surélévation de la voirie ou le percement de fenêtres. Les statues de saints sur la façade symbolisent les disciplines enseignées (religion, musique, géométrie, astronomie). En 1562, les troupes protestantes du baron des Adrets endommagent les sculptures lors de la prise de Lyon.
Du XVIe au XVIIIe siècle, la Manécanterie est modifiée architecturalement (ajout d’un étage, comblement d’arches) et devient une école de chant pour le clergé (« grande salle des clergeons »). Au XVIIIe siècle, une partie du cloître est détruite pour construire une « Nouvelle Manécanterie », mais la Révolution française interrompt les travaux, sauvant l’ancienne. Classée monument historique en 1862, elle abrite depuis 1930 le Trésor de la cathédrale Saint-Jean, constitué par les cardinaux Fesch et de Bonald, exposant des objets liturgiques du Ve au XXe siècle.
Les fouilles archéologiques n’ont jamais pu atteindre les fondations du bâtiment, limitant les connaissances sur ses origines précises. La partie la plus ancienne identifiée, datant du IIe siècle, appartenait probablement à un édifice plus large détruit par un incendie au IVe siècle. L’arc monumental sud, attribué à la période carolingienne, reste un témoignage clé de son histoire primitive. La Manécanterie illustre ainsi près de douze siècles d’évolution architecturale et religieuse à Lyon.
Aujourd’hui, le monument, géré par le Centre des monuments nationaux et le Conseil départemental du Rhône, se visite depuis l’intérieur de la cathédrale. Son musée présente une collection d’orfèvrerie, de livres anciens, d’émaux limousins et de vêtements liturgiques, reflétant le patrimoine religieux lyonnais de l’époque byzantine à nos jours.