Origine et histoire du Manoir d'Argouges
Le manoir d'Argouges, situé à Vaux-sur-Aure dans le Calvados, est une demeure emblématique des XVe, XVIe et XVIIe siècles. Bâti à la transition entre féodalité et Renaissance, il illustre l’évolution architecturale de la Normandie, avec ses douves, ses onze cheminées monumentales et ses tourelles ornées. Classé monument historique en 1924, il incarne aussi la légende locale de la fée d’Argouges, dont l’empreinte serait visible sur une fenêtre.
Le fief des d’Argouges, mentionné dès le VIIIe siècle, gagne en prestige avec Vaultier d’Argouges, proche de Guillaume le Conquérant. Au XVe siècle, après les destructions de la guerre de Cent Ans, Pierre d’Argouges reconstruit le manoir, avant qu’il ne soit délaissé au profit d’autres résidences comme Rânes. Le déclin s’accélère après 1524 : le logis, inachevé (grand escalier, salles superposées), devient une ferme au XVIIe siècle, préservée malgré tout par des métayers.
La famille d’Argouges vend le domaine en 1632 à Jean de Choisy, puis à Madeleine de Choisy en 1634. Au XVIIIe siècle, Claude-Olivier Regnault, président trésorier de France à Caen, en prend possession. Sauvé de la ruine en 1983 par Laure et Bertrand Levasseur, le manoir est restauré après des siècles de négligence, retrouvant son lustre d’antan, salué par des figures comme Flaubert, Mérimée ou Arcisse de Caumont pour son caractère singulièrement préservé.
Le manoir se compose d’un logis seigneurial en pierre de Caen, flanqué de deux pavillons aux tourelles polygonales et hexagonale (celle-ci inachevée), entourés de douves. On y trouve un colombier de 1 474 boulins, une tour d’angle à mâchicoulis, et des dépendances comme un corps de garde. À proximité, une église romane remaniée en style gothique et les vestiges d’une chapelle seigneuriale rappellent son passé religieux.
L’édifice, quasi inchangé depuis le XVIe siècle, témoigne des techniques de construction médiévales : voûtes en berceau, arc segmentaire, ou modillons sculptés comme la tête d’homme au-dessus de la porte charretière. Son intérieur conserve des enduits originaux, une cheminée royale offerte par François Ier en 1514, et une bibliothèque Louis XV. Les travaux, interrompus vers 1530, laissent des traces d’un projet ambitieux avorté.
Classé en 1924, le manoir d’Argouges doit sa survie à des propriétaires successifs et à sa transformation en ferme, évitant les pillages. Aujourd’hui, il attire pour son histoire liée à la noblesse normande, ses légendes, et son architecture hybride, entre Moyen Âge tardif et première Renaissance, symbolisant la résilience d’un patrimoine exceptionnel.