Origine et histoire
Le manoir d’Épeisse, aussi appelé maison-forte de Cogny, est un édifice des 4e quarts des XVe et XVIe siècles, situé dans le département du Rhône, en Auvergne-Rhône-Alpes. Implanté à flanc de coteau à l’ouest du bourg de Cogny, il domine le village et s’intègre dans un paysage autrefois viticole. Son plan rectangulaire, agrémenté d’une tour ronde au nord-est, en fait un exemple modeste de maison-forte, avec une emprise au sol d’environ 700 m2, incluant deux cours et des communs. Le logis originel, limité à 200 m2, reflète une organisation compacte typique des résidences seigneuriales locales.
La terre d’Epeisses est attestée dès 1286, liée à un lignage seigneurial éponyme présent depuis le XIIe siècle. Dépendante de la châtellenie de Montmelas en Beaujolais, la seigneurie passe aux Chameyré au XIIIe siècle, puis aux Namy au XVe siècle, famille de notables locaux. En 1693, Jeanne de la Forêt, veuve d’un échevin de Villefranche, acquiert le domaine, décrit comme une maison avec cave, cellier, étable et pressoir, entouré de vignes. Au XVIIIe siècle, le manoir, réduit à une dépendance agricole, abrite des vignerons avant d’être acheté en 1758 par François Morel, conseiller lyonnais. Pendant la Révolution, les archives seigneuriales sont brûlées en 1793, ne laissant qu’un terrier du XVIe siècle.
Classé partiellement en 1989 (façades, toitures, escalier à vis et cheminées), le manoir est entièrement protégé en 2021, reconnaissant son ensemble cohérent, mêlant logis, bâtiments agricoles et éléments défensifs. Son histoire est documentée au XXe siècle par Louis-Joseph-Irénée Morel de Voleine, historien local et dernier propriétaire notable, qui publie en 1903 une étude sur le fief dans le Bulletin de la Société des Sciences et Arts du Beaujolais. Le site, marqué par des armes familiales (comme celles des Phélines sur une cheminée), témoigne des mutations d’une seigneurie viticole en exploitation agricole.
Architecturalement, le manoir se distingue par sa tour ronde, son pigeonnier, et ses espaces organisés autour d’une cour centrale. Les modifications au fil des siècles, comme l’ajout de chambres pour les vignerons ou la transformation en dépendance, illustrent son adaptation aux besoins économiques. Les deux cheminées et l’escalier à vis, protégés dès 1989, soulignent son caractère résidentiel et défensif. Aujourd’hui, le manoir d’Épeisse incarne un patrimoine rural beaujolais, où se mêlent histoire seigneuriale, viticulture et évolution sociale.
Le domaine, autrefois intégré à un clos viticole plus vaste, voit son centre de gravité se déplacer vers la Lucardière (reconstruite à la fin du XVIIe siècle), reléguant Épeisse au rôle de ferme. Les inventaires des XVIIIe et XIXe siècles mentionnent des éléments disparus ou transformés, comme le pressoir, les écuries, ou la grange, reflétant une activité agricole intense. La famille Morel, propriétaire aux XVIIIe et XIXe siècles, marque aussi l’histoire du lieu, avec François Morel de Rambion, arrêté puis libéré pendant la Révolution. Le terrier du XVIe siècle, seul document épargné, offre un aperçu des possessions seigneuriales.
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