Origine et histoire du Manoir de Bel-Air
Le manoir de Bel-Air, situé à Brélès dans le Finistère, est une ancienne demeure fortifiée des XVIe et XVIIe siècles. Il a conservé ses bâtiments d’origine disposés en « U » autour d’une cour fermée, ainsi que des éléments défensifs comme deux échauguettes et les vestiges d’un pont-levis. Son emplacement stratégique sur la rive nord de l’Aber Ildut, avec un quai et une cale donnant accès à la mer, reflète son lien historique avec les activités maritimes et commerciales de la famille de Kerengar, propriétaires des lieux jusqu’en 1810.
La construction du logis actuel s’échelonne de 1585 à 1599, sous l’impulsion de François de Kerengar, comme en témoigne la devise gravée au-dessus de la porte : « Priez pour François de Kerengar qui m’a fait faire et Bel Air m’a nommé 1599 ». Le manoir passe ensuite entre les mains de plusieurs familles, dont les Claisrambault en 1810, puis le baron Grivel, vice-amiral et sénateur sous le Second Empire, au milieu du XIXe siècle. Une légende locale évoque même un séjour de Victor Hugo à Bel-Air. Depuis les années 2000, d’importants travaux de restauration (aile nord, cale) préservent ce patrimoine classé.
À l’intérieur, le logis abrite des cheminées ouvragées et peintes, dont une ornée de quatre visages en demi-relief, probablement représentant Henri III et Catherine de Médicis. Les deux ailes en retour d’équerre, ajoutées au XVIIe siècle, complètent cet ensemble homogène, classé aux monuments historiques en 1993. Le domaine conserve également un colombier rond du XVIIe siècle et un moulin en ruine. L’architecture allie fonction défensive (mur de clôture, canons du XIXe siècle) et décoration soignée, typique des manoirs bretons de la Renaissance.
Certains historiens associent le site au légendaire Castel-Mériadec, édifié selon la tradition par Conan Meriadec, premier roi de Bretagne, au IVe siècle. Plus sûrement, le manoir remplace un édifice antérieur attesté en 1462 à Kerengar, propriété d’Yvon de Kerengar. La fortune de cette famille reposait sur le commerce maritime, comme en témoignent les aménagements portuaires encore visibles aujourd’hui.
Le manoir illustre l’évolution des élites locales, passant des seigneurs médiévaux (Kerengar) à l’aristocratie d’Empire (Grivel), puis à la bourgeoisie du XIXe siècle (famille de Taisne de Raymonval en 1893). Son classement en 1993 protège l’intégralité de l’ensemble : logis, ailes, murs de clôture, colombier, cales et allée d’accès, soulignant son importance patrimoniale en Bretagne.