Origine et histoire du Manoir de Graffard
Le manoir de Graffard, situé à Barneville-Carteret dans la Manche, est une demeure du XVIe siècle, remaniée au XVIIIe siècle, dont les origines remontent à un fief médiéval mentionné dès le XIIe siècle. Son emplacement stratégique, dominant le havre de Carteret, en fit un point de surveillance clé pendant la guerre de Cent Ans, notamment sous occupation anglaise (1356-1361). Le fief appartenait alors à la famille Lefebvre de Graffart, qui le conserva jusqu’au début du XVIe siècle. Le logis actuel, construit vers 1574-1575 par Pierre Pitteboult pendant les guerres de Religion, remplace une ancienne maison forte. Son architecture, inspirée de Serlio, intègre des éléments défensifs comme une enceinte carrée et des tourelles.
Au XVIIe siècle, le manoir reste dans la famille Pitteboult, qui y apporte des aménagements, comme le potager du XVIIIe siècle. La seigneurie de Graffard, incluant moulins, salines et droits seigneuriaux, passe par alliances successives aux familles du Moustier, Hennot du Rosel, puis Bignon. Jérôme-Frédéric Bignon, bibliothécaire du roi, en hérite en 1764, mais ses biens sont confisqués pendant la Révolution. Le manoir, déjà transformé en ferme avant 1789, est vendu en 1920 par les héritiers Desfriches, comte Doria. Aujourd’hui, il conserve des vestiges médiévaux (enceinte, colombier) et un logis Renaissance partiellement ruiné, protégé depuis 1995.
Parmi les éléments remarquables, on note un canon du XVIe siècle orné de la salamandre de François Ier, une pierre armoriée datée de 1744, et des caves voûtées similaires à celles du manoir de Saint-Christophe-du-Foc. La chapelle seigneuriale, dédiée à saint Michel, était encore en usage en 1740. Le site illustre l’évolution d’une seigneurie normande, des conflits médiévales à son déclin post-révolutionnaire, en passant par son âge d’or sous les Pitteboult.
L’enceinte extérieure, carrée (65 mètres de côté), comprend un porche flanqué d’une tourelle défensive et une tour circulaire ayant servi de colombier. Les communs, datant partiellement du XVIIe siècle, abritaient écuries, charreterie et grange. Le logis, dont trois des quatre pavillons ont disparu, présente une façade inspirée de l’architecture classique, avec un escalier rampe sur rampe intégré. Ces caractéristiques en font un témoignage rare de l’adaptation des manoirs normands aux évolutions militaires et sociales des XVIe–XVIIIe siècles.
Classé monument historique en 1995, le manoir de Graffard inclut dans sa protection le logis (avec ses caves et éléments décoratifs), les communs, les murailles, les tourelles, le porche et le potager. Son histoire reflète les bouleversements politiques de la Normandie, des conflits anglo-navarrais du XIVe siècle à la Révolution, en passant par les guerres de Religion. Le site, bien que partiellement en ruines, offre un panorama complet de l’organisation d’une seigneurie cotentinaise, de ses défenses à son exploitation agricole.