Origine et histoire du Manoir de Kerbridou
Le manoir de Kerbridou, situé à Plouaret dans les Côtes-d'Armor, est un exemple typique de l’architecture manorial bretonne du XVIe siècle. L’édifice principal, de forme rectangulaire avec une tour d’escalier carrée saillante, intègre des éléments médiévaux comme des faux mâchicoulis et une pièce haute accessible par un escalier à vis. La porte en arc plein cintre, encadrée de pilastres et surmontée d’une archivolte, ainsi que les larges baies rectangulaires, reflètent l’influence de la seconde Renaissance. L’ensemble comprend également une chapelle, un puits et des dépendances agricoles, illustrant son double rôle de résidence seigneuriale et d’exploitation.
Fondé par la famille Prigent, seigneurs de Kerbridou, le manoir est mentionné dès 1481 avec Guillaume Prigent, décrit comme un archer portant une brigandine lors de la montre de Tréguier. Les armoiries de la famille, « d’argent au croissant de sable accompagné de trois tourteaux », sont visibles au-dessus de la porte. La construction actuelle daterait des alentours de 1500, avec des remaniements entre 1560 et 1570, période où émergent en Bretagne des éléments architecturaux nouveaux comme les gerbières à frontons décorés. La tour arrière, d’inspiration médiévale, contraste avec la façade principale, plus moderne.
Le manoir est partiellement inscrit aux Monuments Historiques depuis le 9 octobre 1964, protégeant ses façades, toitures et souches de cheminées. Dessiné en 1935 par l’architecte Henri Frotier de La Messelière, il porte le toponyme « Kerbridou Vraz » (grand village de Bridou), attestée dès le cadastre de 1835. Isolé dans la campagne, il est accessible par un chemin marqué d’une croix en granite, soulignant son ancrage dans le paysage rural breton. La chapelle et le puits adjacents rappellent son organisation spatiale traditionnelle, mêlant vie noble et activités agricoles.
Les matériaux utilisés, comme la pierre de taille de granite, et les motifs décoratifs (losanges des pilastres, écussons) témoignent d’un savoir-faire artisanal local. La pièce haute de la tour, dotée de latrines et d’une cheminée, ainsi que l’auge alimentée par une fontaine dans la cuisine, révèlent des aménagements domestiques sophistiqués pour l’époque. Le manoir illustre ainsi la transition entre le Moyen Âge et la Renaissance en Bretagne, où les seigneurs adaptent leurs demeures aux nouvelles influences tout en conservant des symboles de pouvoir féodal.