Origine et histoire du Manoir de Kergal
Le manoir de Kergal, situé dans le hameau éponyme à 1,6 km au nord de Brandivy (Morbihan), est une construction du début du XVIe siècle, attribuée aux frères Jean et Pierre Daniélo. Une datation par dendrochronologie (2016) confirme deux campagnes de travaux : vers 1518-1520 pour la partie ouest, et vers 1550 pour l’extension est. Le manoir porte les armes des Daniélo, famille influente liée à l’Église vannetaise. Jean Daniélo, chanoine et archidiacre de Vannes, dirigea aussi des travaux à la cathédrale de Vannes et fonda la chapelle du Saint-Sacrement. À sa mort en 1540, son frère Pierre, devenu vicaire général du diocèse, achève le manoir.
Contrairement à des attributions erronées du XIXe siècle (notamment par l’abbé Guilloux), le manoir n’appartint pas aux Lantivy avant 1634. Cette année-là, Jacquette Le Crossec (héritière des Daniélo par sa grand-mère Marie Daniélo) épouse Mathieu de Lantivy, intégrant Kergal à cette lignée jusqu’en 1707. La seigneurie s’étendait sur 100 hectares, avec des droits sur des métairies, un colombier, des pêcheries, et des prééminences dans l’église de Brandivy. Les Lantivy revendiquèrent aussi un droit de moulin, contesté par les seigneurs voisins comme Jean Le Cleguennec.
À la Révolution, le manoir, alors propriété des Le Flo de Trémelo, aurait subi des dégradations par les Chouans (vol de plomb pour fabriquer des balles). Au XIXe siècle, il passe par alliances successives aux Le Pourceau de Mondoret, puis aux Rado du Matz, avant d’être acheté en 1892 par la famille Le Gloanic, qui le conserve jusqu’en 2010. L’architecture combine deux corps de logis : à l’ouest, une porte en anse de panier et des lucarnes à gâbles sculptés (armoiries, animaux) ; à l’est, une tour hexagonale et une lucarne à coquille Saint-Jacques. Classé Monument Historique en 1925, il illustre la transition entre Moyen Âge et Renaissance en Bretagne.
Les archives révèlent que Kergal était déjà mentionné en 1444 comme une tenue (exploit agricole) détenue par la famille Daniélo, mais sans statut de manoir. Ce n’est qu’au XVIe siècle, sous l’impulsion des frères Daniélo, que le site devient un siège seigneurial. Les armes du manoir, reprises sur le doyenné de Péaule, suggèrent leur création par Jean Daniélo. Après les Lantivy, la seigneurie échoit aux du Vergier du Poüe (1707), puis aux Le Flo, avant de devenir une ferme louée à des métayers aux XIXe-XXe siècles. Les actuels propriétaires, depuis 2010, perpétuent sa préservation.