Origine et histoire du Manoir de Kermenguy
Le château de Kermenguy, à Cléder (Finistère), est un logis de plan rectangulaire dont le corps principal, orienté vers le sud, relève du style Louis XIII et est couronné de lucarnes de type Renaissance à baie à linteau en arc plein cintre. Une aile en retour de style Louis XV et une petite construction accolée sur la façade ouest complètent l’ensemble. L’entrée sud se distingue par une série de clôtures, balustres et piliers décorés. Le bâtiment paraît avoir été agrandi et remanié au XVIIIe siècle : on note un corps secondaire avec un bandeau soulignant l’étage, des feuillures aux fenêtres, des souches de cheminées et des lucarnes curvilignes à baie à linteau en arc segmentaire. Certaines sources évoquent l’existence originelle d’un donjon du XIIIe siècle, tandis que la demeure actuelle est datable de la première moitié du XVIIe siècle et, selon d’autres écrits, aurait été achevée en 1632. Lors de la Révolution française, des destructions affectèrent le manoir, une aile et des tourelles ayant notamment brûlé ou été démolies. Durant cette période, le manoir servit de cachette aux prêtres non assermentés et les bois de Kermenguy furent utilisés comme quartier général par des troupes contre‑révolutionnaires lors de la bataille de Kerguidu, à proximité du moulin de Kerguidu. C’est aussi à cette époque que Nicolas de Kermenguy aida Monseigneur de la Marche, évêque de Saint‑Pol‑de‑Léon, à s’exiler sur l’île de Jersey. La chapelle seigneuriale fut détruite en 1810 et remplacée par un oratoire aménagé à l’intérieur de la demeure. L’intérieur a reçu des décors au XIXe siècle par Jobbé Duval, et des communs furent construits aux abords au cours du même siècle. Les terres et le château appartiennent à la même famille depuis plusieurs siècles : au début du XVe siècle, Yvon Derrien (ou Derian/Deryan) épousa Basile (ou Basilie) de Coëtaudon, dame de Kermenguy, et leur petit‑fils Tanguy prit le nom de Kermenguy vers 1500. La seigneurie de Kermenguy comptait parmi les plus importantes de la paroisse de Cléder, aux côtés de Kergournadeac’h et de Tronjoly, et la famille disposait de prééminences dans l’église paroissiale dédiée à Saint‑Pierre et Saint‑Paul. Selon les sources, la famille s’illustra par des membres ecclésiastiques, militaires et administratifs — évêque, croisé, sénéchal, chevaliers, pages à la cour — ainsi que par des maires, des prêtres et Émile de Kermenguy, député de 1871 à 1893. L’entrée du domaine avec ses balustres et piliers, les façades et toitures du logis et le colombier ont été inscrits au titre des Monuments historiques en 1975.