Origine et histoire du Manoir de Kervegan
Le manoir de Kervégan, situé au lieu-dit Kerlaouénan dans l’ancienne commune de Servel (aujourd’hui rattachée à Lannion, Côtes-d’Armor), remonte probablement à la fin du XIVe ou au début du XVe siècle. Il est historiquement lié à la seigneurie de Kervégan, bordée par les seigneuries de Kervouric, Keradrivin et Traou Léguer, ainsi que par le fleuve Léguer au sud. Le bâti actuel date principalement des années 1635-1645, avec une restauration majeure en 1815 par Vincente Logou, qui lui donna son aspect contemporain. Le domaine comprenait autrefois un moulin, un pigeonnier, et une chapelle primitive dédiée à Saint-Nicodème, située à 150 mètres au sud-ouest.
Le manoir fut tenu par trois grandes familles : les des Tertres (attestés dès 1426 avec Guillaume du Tertre), les du Boisgelin (à partir du mariage de François du Boisgelin avec Renée du Tertre en 1612), et les de Kergariou (propriétaires au XVIIIe siècle). Un inventaire du XVIIIe siècle mentionne des écussons sculptés, dont ceux des seigneurs du Tertre et de Kergariou, ainsi que des reliques et un grand vitrail. Le site, autrefois doté d’une motte castrale, fut partiellement pillé au XXe siècle, perdant des éléments architecturaux comme une cheminée ornée du collier de l’ordre du Saint-Esprit, exportée vers une villa côtière.
La seigneurie de Kervégan, bien que sans « droit de justice », jouissait de privilèges comme le « droit de maout » (moulin) et le « droit de colombier ». La chapelle Saint-Nicodème, fondée par la famille des Tertres, fit l’objet d’un procès de prééminences en 1756 sous René-Fiacre de Kergariou, conseiller au Parlement de Bretagne. Le manoir, très dégradé, fut partiellement protégé en 1964 (inscription de sa porte aux monuments historiques). En 2021, il figura parmi les lauréats des Vieilles Maisons Françaises pour les châteaux et demeures historiques.
Les archives départementales des Côtes-d’Armor conservent des documents liés à la seigneurie (série 1 E) et à la famille de Kervégan (série 2 E), ainsi que des plans cadastraux napoléoniens (1826) attestant de l’emplacement du moulin et du pigeonnier, aujourd’hui disparus. Le puits et certaines pierres sculptées (blasons, linteaux) subsistent, témoignant de son passé noble.
Le manoir illustre l’évolution architecturale et sociale des domaines seigneuriaux bretons, passant d’une motte médiévale à une résidence Renaissance, puis à une exploitation agricole après la Révolution. Son histoire reflète aussi les alliances matrimoniales entre familles nobles locales (Tertres, Boisgelin, Kergariou) et leur déclin progressif, marqué par des ventes successives et des restaurations tardives.