Patrimoine classé
Façades et toitures du manoir (à l'exclusion de l'aile moderne) , des tourelles d'angle des communs, du pavillon des archives et de la chapelle ; salon avec son décor ; escalier avec sa rampe en bois (cad. 9 70, 71, 75) : inscription par arrêté du 3 mai 1974 - Parc du manoir comprenant : les façades et toitures des pavillons d'entrée et le portail les reliant ; les cours au nord et au sud du manoir ; le jardin clos avec ses portes, ses escaliers, ses murs de clôture, le bois et l'herbage l'encadrant ainsi que l'étang ; l'avenue d'accès avec ses promenades et le bois situé à l'entrée ; l'ancienne avenue et ses abords, y compris le colimaçon ; les promenades est et le petit bois semi-circulaire (cad. YC 15, 19, 20, lieudit La Besrardière, 30 à 32, lieudit La Benoistière, 33, 34, 92, lieudit Le Mesnil Brard, 57, lieudit Le Grand Mesnil ; YD 31, lieudit La Besrardière ; Q 393, lieudit La Besrardière) : inscription par arrêté du 15 novembre 1995
Personnages clés
| Jacques de Roussel - Avocat et constructeur |
Fait bâtir le manoir en 1697. |
| Jean-Henry Roussel de la Bérardière - Professeur de droit |
Dernier Roussel propriétaire, mort en 1801. |
| Louis de Frotté - Chef chouan |
Négocie une trêve depuis la Bérardière. |
| Georges Henri Roulleaux Dugage - Propriétaire au XXe siècle |
Hérite du domaine en 1911. |
| Charles Léandre - Peintre |
A représenté le manoir en 1905. |
Origine et histoire du Manoir de la Bérardière
Le manoir de la Bérardière, situé à Saint-Bômer-les-Forges dans l’Orne, trouve ses origines dans un fief cité dès la fin du XIVe siècle. Il passe dans la famille Roussel en 1398 ou 1461, selon les sources, par mariage ou échange de terres. Les Roussel, bourgeois ruraux du Domfrontais, y exercent des charges anoblissantes comme avocats ou magistrats, sans jamais obtenir de noblesse héréditaire. Le fief reste dans cette famille jusqu’au XVIIIe siècle, avec des figures comme Henri-François-Anne de Roussel, professeur de médecine à Caen, ou Jean-Henry Roussel, professeur de droit.
Le manoir actuel est construit en 1697 par Jacques de Roussel, avocat et lieutenant criminel à Domfront, sur l’emplacement d’une ferme fortifiée médiévale. Il combine un bâtiment principal en granit, une cour d’honneur, et des pavillons d’entrée à tourelles. Le « pavillon des Archives », datant de la fin du XVe siècle, servait initialement de tour de défense avant d’être transformé en bibliothèque. Le domaine inclut aussi une chapelle dédiée à Saint François-Xavier (1745) et un jardin à la française, le tout entouré de promenades aménagées au XVIIIe siècle, reflétant l’influence des Lumières sur l’aménagement des espaces.
Pendant la Révolution, le manoir joue un rôle dans la chouannerie normande. En 1799-1800, il abrite l’état-major du baron de Commarque et accueille des négociations entre royalistes et républicains, dont celle impliquant Louis de Frotté, fusillé après une trahison. Au XIXe siècle, le domaine passe aux Bidard par héritage, puis à la famille Roulleaux Dugage en 1911. En 1920, une aile et une tour polygonale sont ajoutées, tandis qu’en 1944, le manoir sert d’hôpital après les bombardements alliés sur Flers.
Le manoir est partiellement inscrit aux monuments historiques en 1974 (façades, toitures, salon, escalier) et en 1995 (parc, pavillons, jardin). Ses intérieurs conservent des boiseries des XVIIe et XVIIIe siècles, des tapisseries des Gobelins, et des portraits familiaux. Les Roussel y ont laissé leur blason, modifié au XVIIe siècle pour inclure un cœur de gueules. Aujourd’hui, le domaine se visite sur rendez-vous, tandis que le parc est accessible librement le dimanche. Une association veille à sa préservation depuis 2008.
Les archives du manoir, remontant au XVe siècle, et sa bibliothèque témoignent de son importance historique. Le site a aussi inspiré des artistes comme Charles Léandre, qui en a fait un pastel en 1905. La chapelle conserve par ailleurs le casque d’un soldat américain mort lors de la Libération en 1944, rappelant son rôle pendant la Seconde Guerre mondiale.