Origine et histoire du Manoir de la Cour
Le manoir de la Cour, logis cotentin de la Renaissance attesté dès le XIIIe siècle, se trouve sur la commune de Flottemanville (Manche), à 400 mètres au sud-est de l'église Saint-Clément. À l'origine il ne comprenait qu'un logis en L ; il a été commencé vers 1490, agrandi au XVIIe siècle et réaménagé au XVIIIe. Le corps de logis central est cantonné de deux tours octogonales et l'ensemble conserve l'emprise d'un ancien jardin ainsi que la ferme attenante, offrant un bel exemple d'architecture civile du nord de la Manche. L'édifice est partiellement inscrit au titre des monuments historiques ; sont protégés les façades et toitures du logis, le grand salon et la chapelle, les façades et toitures des communs, ainsi que l'assiette de l'ancien jardin avec son réseau hydraulique et ses deux allées d'accès (arrêté du 22 décembre 2008).
Le site est occupé dès le XIIIe siècle et le fief appartient alors à la famille Erquembourg. Un acte de 1406 mentionne la vente du manoir, de terres, de jardins et d'un colombier. La seigneurie passa ensuite à la famille La Roque ; Pierre IV de La Roque, seigneur de Flottemanville, mourut en 1548 et sa succession fut partagée entre ses filles. En 1549 Flottemanville revint à la famille de Pierrepont, dont Robert puis Guillaume furent les titulaires ; Guillaume mourut en 1622, puis Hervieu de Pierrepont en 1662 et sa sœur Élisabeth (Isabeau) en 1664. Par mariage la seigneurie entra ensuite dans la famille du Moncel ; Jean-Trajan-Théodose du Moncel puis son fils Louis-Hector lui succédèrent. En 1763 Madeleine-Louise-Pulchérie du Moncel épousa Georges-Antoine Dancel, qui porta ensuite le domaine ; Georges-Antoine Dancel résida à Paris de 1780 à 1792, son homme d'affaires Burnouf habitant le château pendant son absence. Déclaré émigré à la Révolution, il fut arrêté, le manoir séquestré et transformé en caserne ; Georges-Antoine Dancel mourut le 10 mai 1813. Le manoir passa ensuite à la famille Hüe de Caligny (Bernard-Henri-Louis Hüe de Caligny, 1763-1834 ; Anatole François Hüe, 1811-1892) puis fut acquis par la famille Lucas en 1920 ; il appartient aujourd’hui à M. et Mme Bertrand Lucas.
Le logis présente des éléments stylistiques allant du gothique flamboyant aux linteaux à arc surbaissé du XVIIIe siècle. Le plan en équerre est occupé, dans l'angle intérieur, par une tour octogonale aux arêtes festonnées dont la porte est surmontée d'une triple accolade, la plus élevée étant ornée d'un fleuron en forme de croix ; un cadran d'horloge y est également visible. Un escalier à double révolution permet d'accéder à un rez-de-chaussée surélevé et le perron est surmonté d'une loggia à colonnes. Le logis est flanqué d'une seconde tour octogonale ouvrant par une porte de style gothique ; à l'arrière, une tour ronde, renforcée d'une échauguette, rappelle l'ancien caractère défensif du manoir.
Sur le mur extérieur de l'aile droite sont insérées des armoiries écartelées et brochant sur le tout, réunissant les blasons de nombreuses familles liées au manoir, parmi lesquelles figurent les maisons de Valois et d'Artois, les Courtenay, Castille, Dampmartin, Harcourt, Ponthieu, Vieux-Pont, La Haye, Husson, Chalon, La Rocque, Pierrepont, Orglandes, Aux-Épaules, Dreux et la famille du Moncel en écusson brochant.
La chapelle, placée sous le vocable de saint Jean, présente une abside polygonale épaulée par cinq contreforts et percée d'une fenêtre gothique flamboyante ; sa boiserie paraît appartenir au XVIe siècle. Elle conserve une sculpture de la Vierge tenant son fils sans vie et une pierre sculptée dans le chœur porte les armes d'Antoine Dancel et de Madeleine-Louise-Pulchérie du Moncel. Un vitrail, sous une couronne comtale, représente les armes de Louis-Hector du Moncel et d'Anne-Madeleine Avice de Tourville, qu'il épousa le 7 février 1745 ; un autre vitrail, sous une couronne marquisale, porte les armes de Bernard-Henri-Louis Hüe, vicomte de Caligny, et d'Eugénie Avice de Fermanville, mariée en 1805.