Patrimoine classé
Les façades et toitures de l'ensemble des bâtiments : classement par arrêté du 6 septembre 1954 - Les intérieurs de l'ensemble des bâtiments et leurs décors, en totalité ; la cour d'honneur ; les douves et les ponts reliant le logis au jardin ; le jardin en terrasses avec ses murs de soutènement, ses murs de clôture et ses escaliers ; les herbages situés autour des douves ; les avenues d'accès (cad. A 108, lieudit l'Avenue, 109, lieudit les Molets, 110, lieudit la Douve, 112, lieudit le Parterre, 111, 113 à 115, 123, lieudit Cour de Saint-Martin, 124, lieudit le Jardin de la Fontaine) : inscription par arrêté du 30 avril 1993
Personnages clés
| Guillaume de la Marre - Chevalier et premier seigneur connu |
Acquiert la seigneurie en 1350. |
| Jean d’Orglandes - Seigneur bâtisseur |
Conçoit le manoir actuel (fin XIVe). |
| Guillaume Plessard - Seigneur modernisateur (début XVIIe) |
Ajoute pavillon, colombier, fenêtres à meneaux. |
| Anne-Claude Plessard - Dernière héritière directe |
Transmet le manoir aux Marcadé (1693). |
| Aristide Frémine - Écrivain inspiré |
Auteur d’*Un Bénédictin* (1887). |
Origine et histoire du Manoir de la Cour
Le manoir de la Cour, situé à Saint-Martin-le-Hébert dans la Manche, est une ancienne demeure fortifiée dont les origines remontent au XIVe siècle. À l’origine, la seigneurie dépendait de la baronnie de Bricquebec. En 1350, les Paynel, barons de Bricquebec, la cédèrent à Guillaume de la Marre, dont la fille Thomasse la transmit par mariage à la famille d’Orglandes en 1372. C’est Jean d’Orglandes qui fit construire le manoir actuel, typique de l’architecture défensive de la fin du XIVe ou du début du XVe siècle. La propriété resta dans cette famille pendant 238 ans, jusqu’à son échange en 1610 avec Guillaume Plessard, procureur du roi à Valognes.
Guillaume Plessard, nouveau seigneur, entreprit d’importants travaux après 1612, ajoutant un colombier de 1 595 boulins, un pavillon neuf à échauguette, et modernisant les fenêtres avec des meneaux et frontons. Ces aménagements, typiques du début du XVIIe siècle, marquaient son autorité seigneuriale. Le manoir passa ensuite par alliances et héritages aux familles Marcadé, Osbert, puis Turgot, avant d’être vendu en 1809 à Louis Henri de Chivré. Au XIXe siècle, il devint une exploitation agricole louée à des fermiers, comme les familles Couppey ou Taillefesse, tout en conservant son statut de monument historique.
Pendant la Seconde Guerre mondiale (1943-1944), le manoir fut réquisitionné par l’occupant allemand comme dépôt de ravitaillement, abritant des fours à pain produisant 4 000 boules quotidiennes et des stocks de farine. Après-guerre, il inspira des œuvres de fiction, comme le roman Un Bénédictin d’Aristide Frémine (1837-1887) et servit de décor au téléfilm La Comète (1996). Aujourd’hui, l’ensemble, classé et inscrit aux monuments historiques (1954 et 1993), illustre l’évolution architecturale d’une seigneurie normande, des XIVe au XVIIe siècles, avec ses douves, son lavoir intérieur, et ses jardins en terrasses.
L’édifice se caractérise par un plan carré ceint de douves, accessible par un pont dormant remplaçant l’ancien pont-levis. Le logis seigneurial, remanié au XVIIe siècle, conserve des cheminées monumentales, des boiseries et des pavages en schiste. La tourelle nord-ouest abrite un lavoir octogonal alimenté par une source, tandis que les deux colombiers (dont un de 1 595 boulins) témoignent du prestige seigneurial. Les avenues d’accès et les jardins, structurés en terrasses, complètent cet ensemble remarquable, représentatif des manoirs-fortifiés du Cotentin.