Origine et histoire du Manoir de la Grand-Cour
Le manoir de la Grand-Cour, situé à Taden (Côtes-d’Armor), est un logis-porche du 4e quart du XIVe siècle, typique de l’architecture seigneuriale bretonne. Il se compose de deux parties distinctes : au nord, la résidence seigneuriale avec une tour d’escalier en angle, et au sud, un logis secondaire pour un hôte ou régisseur. Ces espaces sont séparés au rez-de-chaussée par une porte charretière, tandis qu’une tourelle d’escalier, coiffée d’une plateforme de guet, dessert les étages. Le tympan lisse de la porte principale portait autrefois un blason peint, aujourd’hui disparu. Ce manoir, entouré d’un enclos, était le cœur de la vicomté de Taden, relevant de Dinan.
Selon les sources archéologiques, le site occupe un carrefour de voies gallo-romaines. Le logis, orienté à l’est, présente une particularité rare en Bretagne : un large passage voûté central, unique dans les manoirs de la région, qui structurait la répartition des fonctions entre les deux cours. La résidence seigneuriale se distingue par des fenêtres plus hautes et une grande pièce à feu au rez-de-chaussée, peut-être transformée en cuisine. À l’étage, une salle ou chambre haute dominait l’ensemble, tandis que des latrines et une coursière en bois (aujourd’hui disparues) complétaient les aménagements. Le logis secondaire, accessible par un perron extérieur, abritait trois pièces superposées, dont la salle du deuxième niveau.
Le manoir est associé à la famille de Quédillac, notamment Geoffroy de Quédillac, écuyer de Duguesclin, cité dans les montres de 1370 et probablement commanditaire du manoir. Son petit-fils, Robert de Quédillac, mentionne en 1450 l« hostel et manoir de Taden avecques les jardins » dans un aveu seigneurial. La propriété passe ensuite aux Ferré de la Garaye par mariage en 1513, puis aux Marot des Alleux jusqu’au XVIIIe siècle. La seigneurie de Taden, élevée en vicomté en 1644, voit le manoir perdre son rôle résidentiel après 1618, les propriétaires utilisant alors les communs pour le parcage des attelages lors des offices religieux.
Classé monument historique en 1993 après son rachat par la commune en 1991, le manoir a fait l’objet d’une restauration dans les années 1990, dirigée par Alain Charles Perrot. Celle-ci a visé à restituer son état gothique présumé, notamment en reconstruisant une souche de cheminée d’après un modèle du XVe siècle et en consolidant les communs. Des éléments disparus, comme un portail du XIVe siècle (aujourd’hui au Petit Bon Espoir), ou un logis seigneurial mentionné dans un minu de 1552, attestent de transformations successives. Des traces de décor peint (mouchetures d’hermine) et des aménagements comme une double cheminée octogonale ont été préservés ou restitués.
Le site conserve des vestiges de son enclos d’origine, partiellement reconstruit, et des bâtiments annexes (étables, fournil) datés du XVIe siècle. Un document de 1552 décrit un logis seigneurial disparu au nord de la cour, avec salle basse, cuisine, et latrines, suggérant une organisation spatiale complexe. Les modifications ultérieures, comme l’ajout d’une aile basse au XIXe siècle ou la transformation en ferme, ont été partiellement effacées lors des travaux récents. Aujourd’hui, le manoir illustre l’évolution des résidences aristocratiques bretonnes, entre fonction défensive, symbolique seigneuriale et adaptations agricoles.