Origine et histoire du Manoir de la Luzerne
Le manoir de la Luzerne se situe à Bernières-sur-Mer, dans le Calvados, à l'entrée du village en venant de Saint-Aubin-sur-Mer ; sa façade méridionale tourne le dos à la mer proche. Élevée à la toute fin du XVe siècle, la demeure a été construite par Henri Thioult en 1491 sur un fief qui appartenait au XIVe siècle à Jehan du Bois. Dès le début du XVIe siècle, la grange de la ferme servait de lieu de culte pour une famille adhérant à la tradition réformée. En 1637, Louis de Thioult de Rucqueville vendit la Luzerne à Jacques Moisant de Brieux, homme de lettres qui fut anobli en 1644 et fondateur de l'Académie de Caen ; il fit agrandir et embellir le domaine, notamment par l'édification d'une orangerie vers 1660. La famille Moisant de Brieux, de confession protestante, subit les pressions religieuses de l'époque : après la révocation de l'édit de Nantes, François Moisant abjura en 1685. Par mariage, la propriété passa en 1714 à Jacques Alexis de Touchet ; les biens furent mis sous séquestre à la Révolution puis partiellement restitués. En 1803, la terre de la Luzerne fut vendue aux frères de Touchet, puis à André-Jacques Quesnel, cultivateur de Ouistreham ; à la fin du XIXe siècle la ferme et ses bâtiments étaient loués à un fermier. Le manoir et l'orangerie appartenèrent pendant une grande partie du XXe siècle à la famille Tesnières ; en 1998 la propriété appartenait au Dr Michel de Pontville, et un nouvel acquéreur a réalisé d'importants travaux de restauration au début du XXIe siècle.
L'ensemble se présente aujourd'hui comme un domaine cohérent, articulé autour du logis et de ses espaces d'agrément (parc, orangerie, petite boulangerie) et d'une zone agricole comprenant la ferme formant basse-cour, devenue indépendante au début du XXe siècle. Le domaine est clos par des murs élevés du XVIIe siècle d'environ cinq mètres de hauteur. Le logis, édifié à la fin du XVe siècle et remanié au XVIIe, conserve des traces gothiques, visibles dans la dissymétrie de la façade sud et le style de trois lucarnes ; il comporte un rez-de-chaussée, un étage et des combles éclairés par quatre lucarnes. L'orangerie, construite vers 1660 et contemporaine de celle conçue à l'origine par Louis Le Vau à Versailles, illustre le prestige de la famille anoblie ; elle est un bâtiment rectangulaire à toit plat « à l'italienne », organisé en six travées séparées par des chaînages, avec de très hautes ouvertures au rez-de-chaussée pour l'entrée des caisses d'orangers, deux fenêtres à l'étage et une corniche ornée de trophées représentant corbeilles de fruits, outils de jardinage et armoiries. La petite boulangerie, située dans l'espace manorial, se trouve à côté d'un portail couvert d'un fronton curviligne portant des armoiries.
La ferme, désormais séparée du manoir, a perdu sa vocation agricole depuis le dernier quart du XXe siècle et a été convertie en hôtel-restaurant et salles de réception ; son exploitation a perduré malgré le confinement lié au Covid‑19 et des travaux importants ont été réalisés sur la charpente du colombier. La grange, bâtie au XVIe siècle, a servi de lieu de culte puis de refuge pour des familles protestantes après la révocation de l'édit de Nantes. Les anciennes écuries conservent des lucarnes du XVIIe siècle et leurs soupentes abritaient des greniers à grain. Le colombier, imposant, est circulaire et compte 1 700 boulins ; sa toiture en poivrière, couverte d'ardoises, a remplacé l'ancien toit en pierre, et une vis centrale actionnait une échelle permettant l'accès aux boulins ; l'élevage des pigeons a perduré jusqu'en 1850.
Les façades et les toitures du logis, l'escalier et la cheminée de la salle à manger, les façades et toitures de l'orangerie et de la boulangerie, l'ensemble des murs de clôture et le portail nord, le colombier dans son intégralité ainsi que les façades et toitures des écuries de la ferme ont été inscrits au titre des monuments historiques par arrêté du 22 décembre 1998.